Éditorial

La hausse modérée des primes maladie ne doit pas cacher le besoin de réforme

ÉDITORIAL. Même si la hausse moyenne des primes est très modérée, la nécessité de réformer le système reste urgente

Derrière son masque de sphinx, Alain Berset était heureux en annonçant les primes pour 2020. Alors que les assureurs avaient déjà prédit que l’embellie de l’an passé était terminée et qu’il fallait s’attendre à une nouvelle hausse de 3%, le voilà qui limite celle-ci à 0,2%. Malgré les compétences restreintes de la Confédération en matière de santé, le conseiller fédéral s’est affiché en pilote déterminé du système.

La bonne nouvelle du jour, c’est que l’explosion des coûts de la santé n’est pas une fatalité. Non, il n’est pas inéluctable de voir les primes grimper chaque année de 4% et de les voir ronger le pouvoir d’achat de la classe moyenne en étant cinq fois supérieures à la progression des salaires.

Lire aussi: Des primes stabilisées, mais pas pour beaucoup de Romands

Le pire n’est donc pas certain. L’industrie pharmaceutique a fait quelques concessions sur le prix des médicaments. Les caisses maladie, grâce à de nouveaux outils informatiques, contrôlent mieux les factures. Et les assurés se responsabilisent davantage: ils sont déjà 70% à choisir des modèles alternatifs d’assurance les incitant à ne plus courir d’emblée chez un spécialiste, mais à consulter d’abord un médecin de famille, voire à faire appel à la télémédecine.

Lire également: Alain Berset: «Les primes ont été trop élevées»

Mais il n’y aura pas de miracle: le vieillissement de la population et les progrès médico-techniques rendent illusoire toute baisse des coûts. Un seul exemple: on ne peut que se réjouir des traitements innovants contre le cancer et les maladies rares qui permettent de sauver des vies, mais il faut être conscient que cela alourdira la facture des médicaments, probablement d’un milliard de francs dans un horizon de cinq ans.

C’est la raison pour laquelle il ne faut surtout pas crier victoire. La réforme du système reste une nécessité impérieuse. Dans un premier temps par des mesures favorisant le transfert des interventions du secteur stationnaire vers l’ambulatoire ou l’introduction d’un prix de référence pour les médicaments. Mais à plus long terme, les Suisses ne pourront faire l’économie d’une réflexion allant bien au-delà du débat sur les primes. Pour évoluer vers un système plus préventif et mieux coordonné visant d’abord le maintien des assurés en bonne santé plutôt que d’être axé sur les soins aux malades.

Publicité