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A l'Université de Zurich, avril 2015.
© GAETAN BALLY

Formation

La hausse des taxes d’études affole la Suisse académique

La demande des EPF de faire grimper le prix des études suscite de fortes oppositions. Et plonge les milieux académiques dans un grand flou

Roger Nordmann bouillonne. La situation à propos des taxes d’études dans les hautes écoles devient «absurde», lance-t-il. Le conseiller national (PS/VD) n’est pourtant pas un extrémiste des bas tarifs: il y a trois ans, il a lui-même proposé une hausse des taxes pour les étudiants étrangers, ceux qui viennent se former en Suisse. Alors que les écoles polytechniques fédérales (EPF) font face à un fort afflux de jeunes étrangers, la mesure est jugée socialement juste: après tout, les parents des non-résidents n’ont pas payé d’impôts en Suisse. Et avec des tarifs, sauf exceptions, d’environ 1200 francs par an, les universités suisses figurent parmi les moins chères d’Europe.

Au contraire, une hausse générale des taxes, évoquée ces jours par les EPF est «absurde», répète Roger Nordmann: «On va empêcher des gens peu riches d’étudier, au moment où l’on se plaint d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée.» Le député en est convaincu, une augmentation dans les EPF «donnera un signal aux universités et aux hautes écoles spécialisées, qui ont aussi à composer avec les difficultés financières des cantons». Membre de la même commission au National, Isabelle Chevalley (Verts’libéraux/VD) partage ce pessimisme: «Puisque le Conseil fédéral veut couper à la hache dans les crédits, c’est inévitable…».

Lire aussi l'éditorial: «Taxes d’études: le jeu vénéneux des écoles polytechniques»

Un serpent de mer

Dans les écoles polytechniques, la hausse des taxes est un serpent de mer. Le Conseil des EPF, leur tutelle, l’a envisagée en 2013 avant de bloquer la procédure, face à des démarches parlementaires dont celle de Roger Nordmann. Toutefois, ces temps, la question prend une tournure plus concrète. Dimanche, le président de l’EPFL Patrick Aebischer a annoncé son souhait de doubler les taxes pour tous. Le terrain a été préparé par Fritz Schiesser, le président du Conseil des EPF, qui, la semaine passée, a affirmé au Tages-Anzeiger que l’augmentation est un scénario envisagé par le Conseil. C’est une réaction aux mesures d’économies exigées par le Conseil fédéral dans le cadre d’un programme présenté à l’automne dernier. Les montants ne sont pas encore détaillés, mais le gouvernement prévoit une coupe de 555 millions de francs sur trois ans dans le domaine de la formation et la recherche, à commencer par les EPF.

Patrick Aebischer a affirmé qu’il s’attend à une coupe de 30 à 40 millions de francs. Son budget est de 895 millions, dont 68% de la Confédération. Il étudie d’autres pistes, mais il estime que le moment est venu de solliciter les étudiants.

Pas avant 2017 au plus tôt

Au Conseil des EPF, le porte-parole Alex Biscaro note que l’intention de l’EPFL représente «une proposition concrète que nous étudierons». A ce stade, l’instance ne se prononce pas sur un doublement des prix, ni sur la date où cette mesure pourrait entrer en vigueur. Néanmoins, «Fritz Schiesser a déjà indiqué que le domaine des EPF est tenu d’examiner toutes les mesures d’économies envisageables, y compris une adaptation des taxes dont le montant nominal est resté inchangé depuis 20 ans.» Par ailleurs, le Conseil ne cache pas son scepticisme quant à une différenciation entre Suisses et étrangers pour les taxes d’études.

Les responsables comptent consulter largement dans les écoles: l’hostilité des assemblées, qui mêlent professeurs et étudiants, est déjà connue. Sur le plan formel, le Conseil des EPF est seul à décider. Au nom de l’autonomie académique, une hausse des taxes ne dépend pas du Conseil fédéral. Toutefois, l’influence politique n’est pas nulle. Jusqu’ici, l’hostilité de Pascal Couchepin et Alain Berset avait contribué à geler le sujet. Avec Johann Schneider-Ammann, le cadre pourrait changer.

Un calcul tactique?

Ce débat reprend de la vigueur alors que le Conseil fédéral prépare le programme pour la formation et la science dans les années 2017 à 2020, qu’il devrait présenter fin février. Dès lors, certains estiment que les positions des responsables des EPF constituent un pur jeu stratégique. «Après 2009 et 2013, c’est la troisième fois que l’on nous joue la même pièce de théâtre, à la réplique près», ironise Anne-Catherine Lyon. La conseillère d’État vaudoise est la vice-présidente de la Conférence (politique) des hautes écoles suisses. «Totalement opposée» à la hausse, à la fois par principe et en citant les effets sur les finances cantonales, elle dit son «énervement»: «Si c’est une tactique, je peux l’entendre. Mais on perturbe une nouvelle fois le système avec une idée contre-productive qui crée une vive inquiétude auprès des étudiants.»

Les représentants vaudois sont fort présents sur la scène nationale, puisque le recteur de Lausanne Dominique Arlettaz préside, lui, la Chambre des hautes écoles universitaires. Il pense aussi à un mouvement tactique: «Je comprends la logique, de vouloir tirer la sonnette d’alerte. Mais les taxes relèvent d’un choix politique. Si l’on juge que la hausse se justifie, l’idée fera son chemin…». Pour l’heure, les cantons de Berne et Zürich ont légèrement augmenté les écolages. Pour les universités de Fribourg, Genève, Neuchâtel et Lausanne, le thème n’est pas à l’ordre du jour.

Pas de bluff

Patrick Aebischer se défend de jouer le coup de bluff: «La situation est plus grave qu’en 2013, et les demandes d’économies sont lourdes», note-t-il: «Nous devons proposer plusieurs pistes, dont la hausse des taxes d’études, pour éviter de mettre en péril la capacité des EPF d’investir dans les domaines porteurs de demain. Et bien sûr, il faut un système de bourses pour accompagner cette hausse.»

Les taxes ne représentent que 1,5 à 5% des recettes des hautes écoles suisses publiques. Un doublement du prix n’apporterait que peu d’argent frais, arguent les opposants, à commencer par l’Union des étudiants de Suisse. Outre les questions de principe, la faîtière rappelle la difficulté que la mesure causerait à certains jeunes: alors que le budget moyen d’un étudiant qui paie son logement est de 1870 francs, les taxes, mêmes basses, représentent une charge non négligeable.

Actuellement, l’Université de Suisse italienne exige 4000 francs pour les Suisses, 8000 pour les étrangers. Saint-Gall demande 2452 francs au bachelor, 6252 pour les non-résidents. De fait, le paysage national a déjà commencé à se fissurer.


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