Pour l’association faîtière des caisses Santésuisse, l’évolution des coûts de la santé est «dramatique». «Il est urgent d’agir», a souligné ce mardi 6 septembre sa directrice, Verena Nold. L’an dernier, les coûts de l’assurance de base ont augmenté de 6,4% et cette progression s’est poursuivie au premier semestre de cette année: +4%. Avant l’annonce des primes à la fin de ce mois par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) d’Alain Berset, les caisses ont l’interdiction de sortir le moindre chiffre quant à la hausse pour 2023. Mais les indicateurs de la faîtière présagent un choc dur à encaisser pour les assurés: les primes augmenteront vraisemblablement entre 6 et 8% en moyenne.

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Trois semaines avant cette échéance très attendue, les caisses mettent la pression sur le ministre de la Santé: plus question cette année d’amortir les primes en actionnant le levier de la baisse des réserves. Celles-ci, largement supérieures au seuil légal minimum, se chiffraient encore à plus de 12 milliards à fin 2020. Mais elles ont fondu «drastiquement de près d’un tiers» en raison notamment d’une évolution défavorable sur les marchés financiers. Cela correspondrait à un montant de 3 à 4 milliards. D’où l’avertissement de Santésuisse: «Une nouvelle réduction des réserves mettrait en danger certains assureurs, même importants.» Ceux-ci risqueraient de voir leur taux de solvabilité passer en dessous des 100% prescrits par la loi.

Le tarif Tarmed sous le feu des critiques

Durant quatre ans, de 2016 à 2020, les caisses ont perçu des primes supérieures aux coûts. Mais la tendance s’est inversée ces deux dernières années, 2021 étant marquée par une augmentation des dépenses de 6,4%.

Trois facteurs y contribuent: tout d’abord une offre médicale «excessive et inefficace». Santésuisse pointe ici du doigt les incitations négatives du système tarifaire et la «surdensité» de médecins dans les zones urbaines. Sous le feu des critiques, le système Tarmed qu’on sait dépassé et anachronique. Il pèse pour 12 milliards de francs dans l’assurance de base et a occasionné une hausse des coûts de 9% l’an dernier. Mais sa réforme, par ailleurs combattue par Santésuisse en raison des coûts supplémentaires qu’elle susciterait, est dans l’impasse depuis plusieurs années.

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Deuxième inquiétude des assureurs: le prix «excessif» des médicaments, qui ont augmenté de 6% pour s’établir à 8 milliards. Même si Alain Berset et l’industrie pharmaceutique se targuent d’avoir négocié des économies d’un milliard par année, leur charge est de plus en plus lourde. Les médicaments brevetés coûtent en Suisse de 9 à 15% plus cher qu’à l’étranger, tandis que les génériques et les biosimilaires coûtent le double.

Troisième facteur de la hausse: les effets de rattrapage dus à la pandémie de Covid-19. Les opérations non urgentes ayant été reportées durant six semaines en 2020, les coûts ont baissé de 3% cette année-là, réduction qui a été compensée en 2021, mais partiellement seulement. «Cela montre que certains traitements étaient manifestement inutiles», en déduit Santésuisse, qui se base sur les conclusions d’une étude de la Haute Ecole de Saint-Gall.

Le ministre dénonce un «cartel du silence»

Il est donc «urgent d’agir», avertit l’association faîtière. En 2017, un rapport d’experts avait recommandé 38 mesures, que le Conseil fédéral a tenté de mettre en œuvre en deux temps, mais quasiment sans succès. Dans une récente interview au Temps, Alain Berset a dénoncé un «cartel du silence». A chaque réforme proposée, chaque acteur de la santé appelé à faire des sacrifices met les pieds au mur, tandis que les autres se taisent, pour éviter ultérieurement des baisses de tarif dont ils pourraient pâtir à leur tour.

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A l’heure des solutions, Santésuisse prône des forfaits qui limitent le risque d’incitations négatives. Actuellement, la même prestation est facturée très diversement par les fournisseurs de soins. A titre d’exemple, une opération de routine comme celle de la cataracte coûte entre 1500 et 4000 francs, sans que rien ou presque ne justifie cette différence.

Des médicaments trop chers

Concernant les médicaments, Santésuisse y discerne de potentielles économies de 300 millions sur les médicaments brevetés et de 350 millions sur les génériques et les biosimilaires. La faîtière s’adresse enfin aux cantons pour qu’ils régulent mieux l’implantation de nouveaux cabinets. La Suisse compte en 2020 près de 9000 médecins et plus de 13 000 spécialistes, soit une hausse de 7, respectivement 12% par rapport à 2013. «Il faut mettre un terme à cette tendance une fois pour toutes, car chaque nouveau cabinet coûte près de 500 000 francs par année aux payeurs de primes. Les cantons doivent assumer leur responsabilité et empêcher les offres médicales excessives», tonne Santésuisse. Celle-ci vise ici surtout Genève et Bâle-Ville, qui compte respectivement 51 et 45 médecins pour 10 000 habitants, un nombre largement supérieur à la moyenne. Genève a déjà réagi: dès cet automne, les médecins fraîchement diplômés devront attendre le feu vert du canton avant de s’installer.