Les autorités genevoises devront trouver d’autres recettes pour apaiser les rues urbaines. Tout est à reprendre après le rejet net – à 56,4% – du projet de bannir le trafic dans ­50 rues ou tronçons en ville de ­Genève. Le référendum municipal contrait un crédit de 5,1 millions de francs, pour des mesures à l’essai sur un an. L’enveloppe concrétisait un premier pan d’une initiative écologiste, portant sur 200 rues, qui reste en force après avoir reçu l’aval du Conseil municipal. Une force toutefois relative après ce verdict et du fait que les affaires de trafic sont de compétence cantonale, comme l’a rappelé dimanche le Conseil d’Etat, promettant de continuer à examiner les projets piétons communaux et d’y donner suite pour autant qu’ils ne perturbent pas trop les flux globaux de trafic. Le référendum avait été lancé par les milieux économiques et la plupart des partis de droite, sans le PDC et les Verts libéraux, séduits par un compromis prévoyant de remplacer la plupart des parkings supprimés.

Le «oui» n’a prévalu que dans quatre locaux de vote, tous très centraux, sur 17. La participation (38,1%) a été plus forte dans les secteurs aisés et plus excentrés, autour de Champel, où le «non» était prévisible. Dimanche, l’affluence était faible au local de Mail-Jonction, où le «oui» l’a emporté et où la plupart des votants conspuaient un trafic jugé oppressant: trop de bruit, de pollution, de vitesse, de danger. Le refus peut étonner: la ville de Genève vote en général en faveur de la mobilité douce.

Mais de nombreux militants qui ont mené campagne dans un camp ou l’autre s’attendaient au résultat. «Le projet ne résolvait pas les problèmes de parking ou de reports de trafic», pointe Nathalie Hardyn, présidente du Groupement transports et économie, l’un des fers de lance du référendum. Majoritaires, les rues exclues du projet ont pu redouter un trafic plus fort, au profit d’une minorité. Et une compensation des stationnements biffés était acquise, le flou régnait quant à la localisation et au tarif de ces substituts. «Cela touchait au porte-monnaie», note le PDC Thomas Putallaz. Le coût, pour des aménagements provisoires, a pu être jugé trop élevé. Et, pour certains, ils risquaient de favoriser les beuveries nocturnes et l’insécurité. Il était en outre difficile de visualiser ce concept constitué d’un «essaimage de tronçons microscopiques», comme l’exprime Benoît Genecand, chef de la campagne référendaire, critiquant aussi une cohérence globale discutable.

«Le moment était peu propice, après les travaux du tram et durant ceux de la ligne du CEVA», note encore Thibault Schneeberger dont l’association actif-trafic a milité pour le «oui». Et de noter que tenants et opposants du projet avorté plaident à l’unisson pour une extension de la zone piétonne de l’hyper-centre, à Rive. «Avec un nouveau parking en accompagnement», précise Nathalie Hardyn. Thomas Wenger, de l’Association transports et environnement, craint, lui, que le résultat devienne «un frein clair pour tout aménagement favorable à la mobilité douce durant dix ans».

Ex-présidente des Verts en ville, Fabienne Fischer charge un projet «mal ficelé» par le maire Rémy Pagani, responsable de l’aménagement. Ce dernier évoque la surcharge automobile et note que «le problème reste entier». Il envisagera d’autres stratégies, comme les zones à 20 km/h plutôt que piétonnisées. Mais les empoignades politiques risquent de se multiplier sur la mobilité. Le MCG promeut un projet de loi exigeant que le parlement cantonal soit saisi de toute modification en matière de circulation.

«Le projet ne résolvait pas les problèmes de parking ou de reports de trafic»