La Ville de Genève a pleinement profité des effets de la haute conjoncture actuelle. Affichant un boni de 87,6 millions de francs pour l'exercice 2000, elle atteint un bénéfice record et présente pour la deuxième année consécutive des comptes positifs. Pierre Muller, le chef du Département des finances de la Ville, exulte: «Nous n'avons pas connu des comptes aussi bons depuis plus de dix ans.» La surprise est d'autant plus grande que le budget 2000 prévoyait 8 millions de déficit. Le conseiller administratif libéral s'en explique: «Au printemps 1999, lors de l'établissement du budget, nous sommes restés prudents, n'étant pas sûrs de l'évolution de la conjoncture.»

C'est avant tout en raison de la fulgurante croissance des recettes fiscales que les comptes municipaux sont aussi flamboyants. Les impôts sur les personnes physiques ont rapporté 435 millions de francs à la ville, soit 47,3 millions de plus que ce que cette dernière avait inscrit au budget. Les entreprises contribuent également sensiblement à l'embellie des finances de Genève puisqu'elles ont permis des entrées fiscales de 132 millions de francs. Enfin, les taxes professionnelles ont également explosé permettant un surplus de recettes de 15,9 millions de francs.

15 millions affectés

au remboursement de la dette

Grâce à un très bon autofinancement des investissements qui atteint 148%, la Ville sera à même d'affecter 15 millions au remboursement de la dette. Aujourd'hui, la dette, dont le service coûte quelque 88 millions par an, culmine à 1,825 milliard de francs.

Quant à la hausse des charges, le chef des Finances de la Ville, Pierre Muller, l'explique notamment par la hausse sensible des créances fiscales irrécouvrables ainsi que des provisions pour débiteurs douteux.

La Ville de Genève profite-t-elle de ces bons résultats pour mener une politique anticyclique? A observer le budget 2001, on peut en douter puisque les charges prennent l'ascenseur. A ce propos, le maire de Genève, Alain Vaissade, juge important de revaloriser certaines catégories d'employés municipaux, notamment les bas salaires et les temporaires. De plus, une cinquantaine de postes seront créés et les mécanismes salariaux, bloqués depuis trois ans, vont redémarrer. Il en résultera une hausse de plus de 100 millions de francs de charges de personnel. Quant à Pierre Muller, il hausse des épaules: «Je serais favorable à la constitution de provisions en période de haute conjoncture, mais la loi sur l'administration des communes nous l'interdit.» Dans la précédente législature, une demande avait été déposée pour la création d'un fonds d'égalisation des rentrées fiscales, mais n'avait pas obtenu les faveurs du canton. Aujourd'hui, il paraît pourtant judicieux d'encourager la Cité de Calvin à adopter des réflexes anticycliques. Une législation plus souple pourrait y contribuer.