Formation

«La Haute Ecole de musique deviendra participative et transparente»

La profonde crise que traverse l’institution commune aux cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais a provoqué plusieurs démissions et la mise à l’écart du directeur. Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’Université de Lausanne, explique la réforme qui vient d’être décidée par le conseil de fondation

Sans directeur général depuis le départ d’Hervé Klopfenstein, en mars dernier, la Haute Ecole de musique Vaud-Valais-Fribourg et Conservatoire de Lausanne (HEMU-CL) traverse une crise institutionnelle. Le conseil de fondation vient d’approuver la réforme que propose un groupe de travail dirigé par Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’Université de Lausanne.

Le Temps: Pour sortir de la crise, vous proposez une réforme de structures. Ne suffirait-il pas d’admettre que l’ancien directeur n’était pas la bonne personne?

Dominique Arlettaz: Une crise institutionnelle est forcément due à des tensions entre des personnes ou à des conflits de valeurs, mais les structures doivent permettre de sortir de la crise en favorisant l’écoute et le débat pour recréer un climat de confiance. Or dans ce cas, l’organisation n’a clairement pas permis à la gouvernance de jouer ce rôle. Les membres de l’institution ne comprenaient plus les décisions prises parce qu’il y avait beaucoup trop de flou autour de la responsabilité incombant à chaque personne ou à chaque organe. Il y avait un manque de transparence. Par ailleurs, il est urgent d’instaurer des organes participatifs qui permettent le débat, qui peuvent être des forces de proposition et qui favorisent la cohésion.

Après la «gouvernance autoritaire» dont sort l’école, vous voulez instaurer plus de participation. Ne craignez-vous pas une dilution des responsabilités?

Au contraire, il s’agit de bien séparer les responsabilités de chaque organe de gouvernance, les compétences du conseil de fondation, de niveau politique et stratégique, et celles de la direction, de niveau opérationnel. Avant, il y avait un mélange entre les deux. A l’avenir, la direction aura plus de responsabilités (ce sera elle en particulier qui nommera les professeurs), mais elle fonctionnera sur un mode collégial, parce que l’on est toujours meilleur à plusieurs… De plus, chaque décision sera élaborée et proposée à un niveau et validée par un autre organe, ce qui permet de confronter la pertinence des choix.

L’idée est que chacun des sites de l’HEMU et du Conservatoire se développent en tenant compte de son contexte propre, mais de manière complémentaire, pour renforcer le profil et la qualité de l’ensemble

L’école est répartie sur quatre sites et dépend de quatre autorités de tutelle. C’est la description même d’une usine à gaz, mais cela ne va pas changer…

 

C’est effectivement une structure complexe avec des types de musique différents, aussi, et de l’enseignement au niveau professionnel et non professionnel. Cette réalité ne facilite pas l’organisation, mais elle a pourtant une belle cohérence, par exemple parce que les étudiants de la Haute Ecole peuvent appliquer ce qu’ils apprennent au Conservatoire ou grâce aux interactions entre musique classique et jazz. L’idée est que chacun des sites de l’HEMU et du Conservatoire se développent en tenant compte de son contexte propre, mais de manière complémentaire, pour renforcer le profil et la qualité de l’ensemble. C’est un magnifique défi!

Quel est le profil idéal pour le futur directeur (ou la future directrice), et quand cette personne sera-t-elle désignée?

Il faut trouver quelqu’un qui puisse incarner et orienter cette institution pour la positionner solidement dans le paysage national et international de la musique et de la formation tertiaire. Il faut surtout une personnalité qui ait du leadership et qui travaille avec les gens qui font vivre cette institution. Ce choix sera déterminant, mais ce sera pour le directeur ou la directrice une chance extraordinaire de donner un nouveau départ à cette belle institution. Cela sera fait d’ici à la fin de l’année.

Lire aussi: Les cantons veulent reconstruire la Haute Ecole de musique

Les temps sont durs pour les écoles de musique. A Neuchâtel, son abandon par le canton, pour des raisons financières, a fait les gros titres. Ces écoles se meuvent-elles dans un contexte globalement défavorable?

Non, les deux situations sont complètement différentes: l’HEMU-CL est une entité qui a une taille respectable, une très bonne réputation et qui est bien implantée dans trois cantons, avec un ancrage particulier en ville de Lausanne. Elle bénéficie d’un fort soutien des autorités politiques et d’une nouvelle présidente très engagée [l’ancienne conseillère nationale Josiane Aubert (VD/PS), ndlr]. Je crois que l’avenir de l’HEMU-CL est très favorable, mais à une condition, viser à être toujours meilleur.

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