«Quand les industriels viennent en Suisse ou en Valais, ils ne demandent plus des terrains ou des facilités financières, mais d'abord des ingénieurs et des jeunes bien formés.» Directeur depuis six mois de la nouvelle Haute école valaisanne (HEVs), Marc-André Berclaz mesure toute l'importance qu'a pris en Valais ces dernières années le secteur de la formation. En quinze ans, le canton a réussi à créer des filières, des structures et à en faire profiter son tissu économique.

Dans le projet de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), le Valais a réorganisé ses écoles du troisième degré dans une structure qui compte depuis l'année dernière 1200 étudiants et 320 collaborateurs répartis entre Sion et Sierre. Il y a deux semaines, le conseiller fédéral Pascal Couchepin est venu saluer la volée des 170 premiers diplômés de la HEVs: des ingénieurs, des économistes d'entreprise ou des informaticiens de gestion. Pour un canton qui n'a pas d'université, c'est une étape importante, dont le franchissement a été rendu possible par l'ancien conseiller d'Etat Bernard Comby, puis le directeur de l'Ecole d'ingénieurs du Valais, Eric Fumeaux, ou encore le conseiller d'Etat sortant Serge Sierro, qui ont donné les impulsions déterminantes pour développer des filières de formation.

Le souci principal de la HEVs a été de conjuguer enseignement et activité économique. Il existe aujourd'hui huit filières d'enseignement correspondant à sept groupes de compétences: économie, informatique, tourisme, génie des procédés, matériaux, infotronique et énergie. L'année dernière, ils ont réalisé ensemble un chiffre d'affaires de 12 millions de francs. Ainsi, les professeurs ont une double casquette, qui leur enjoint tant d'enseigner que de participer à des projets de type entreprise. «Il faut gérer l'équilibre entre ce qui relève de la pédagogie et ce qui relève de l'entreprise, ajoute Marc-André Berclaz. En informatique, par exemple, un professeur consacre la moitié de son temps à chaque aspect.»

«Au niveau valaisan, on attend davantage de notre école, parce que nous n'avons pas d'université. On attend également que l'on joue un rôle économique important.» Ainsi, pour utiliser le jargon francophone, «une structure d'incubateurs pour les jeunes pousses d'entreprise» existe dans des projets liés à la Nouvelle Economie, qui ont pour nom «Alpitude», «e-monkey» ou encore «Conchita», qui propose le nettoyage de sites Internet. L'école ne se détourne pas pour autant d'une économie classique. A l'instar de la réussite du Bio-Alp Tea, qui est devenu un succès dans l'agroalimentaire, ou de la technologie du Sport Access.

Aucun problème d'embauche

Actuellement, les étudiants qui sortent des filières de formation valaisannes n'ont aucune peine à trouver du travail. 60% sont absorbés par le marché cantonal. Dans le domaine de l'informatique, il y a même une tension certaine: «Il y a une telle pénurie d'informaticiens dans l'Arc lémanique, relève le directeur, que le Valais ne peut rivaliser sur le plan des salaires.» Un jeune diplômé gagne tout à coup plus qu'un professeur qui est rétribué selon le barème de l'Etat du Valais.

La formation est donc une affaire qui marche, et le Valais a décidé de ne pas laisser passer le train. La construction d'un nouveau bâtiment à Sierre visant à réunir sous un même toit l'informatique, l'économie et le tourisme est une étape importante pour créer une forme de campus et une culture d'école.

Il reste que la HEVs, avec ses deux sites, confrontée à une démographie moins favorable qu'ailleurs, doit se battre pour maintenir sa substance dans le cadre de la HES-SO. Actuellement, ses filières font l'objet d'évaluations pointues dans l'objectif d'une attribution définitive en 2003. Comme pour les autres cantons. Marc-André Berclaz sait qu'il faut jouer serré dans ce domaine: «Dans ce processus, il faut partir de l'idée que tout et rien est menacé, mais nous avons aujourd'hui une très bonne notoriété et nous défendons nos chances.»