Des taux de composants chimiques toxiques dangereusement élevés en haute montagne au Tessin. C’est ce qu’a révélé une enquête menée par le dominical Il Caffè, suscitant l’émoi au sud des Alpes. Il est ressorti que trois des quatre échantillons d’eau prélevés près de cabanes de montagne (à Cristallina, Campo Tencia et Pairolo) contenaient des valeurs d’ammoniac et de phosphate élevées et – dans le cas de l'ammoniac – supérieures aux limites fixées par l’Ordonnance fédérale sur la protection des eaux, notamment à cause des fosses septiques.

Lire aussi: Les déchets nucléaires du lac Majeur inquiètent le Tessin

Collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’environnement, Sébastien Lehmann explique que l’ammoniac, présent dans l’urine, est toxique pour les poissons, tandis que les phosphates favorisent la croissance d’algues dans les lacs, diminuant à moyen terme la teneur en oxygène dans l’eau. L’ordonnance n’a pas d’exigence précise pour les fosses septiques, indique-t-il. «Elle dit que hors du périmètre des égouts, les eaux usées doivent être traitées «selon l’état de la technique». Mais une grande attention doit être portée au milieu en haute montagne, car il s’agit d’un écosystème très fragile, insiste-t-il. «On ne peut épandre dans la nature le contenu d’une fosse septique; il doit être évacué.»

Contenu héliporté

Les responsables des eaux usées des cabanes sont leurs propriétaires. Au Tessin, 18 sociétés alpines en possèdent une quarantaine, 20-30 appartiennent aux patriciats et 70-80 refuges sont détenus par des particuliers. Président de la Fédération alpine tessinoise (FAT), Giorgio Matasci assure que les clubs alpins sont au courant de la situation. «Depuis quatre ans, nous collaborons étroitement avec le canton et des plans de réhabilitation pour tous les refuges qui en ont besoin sont envisagés.»

Or, pour moderniser, ça prend des sous, souligne-t-il. «Nous avions prévu un budget de 80 000 francs pour une cabane près de Lugano; après en avoir discuté avec les autorités, il s’est s’élevé à 150 000. Comment fait-on?» Les associations alpines – qui travaillent pour le territoire, drainant le tourisme dans des régions reculées, rappelle Giorgio Matasci – réclament la création d’un fonds spécial parce que seules, elles ne peuvent régler le problème. «Les stations de ski reçoivent des subsides, alors que les excursionnistes sont nettement plus nombreux que les skieurs», fait-il valoir.


En vidéo: traque aux microplastiques dans les lacs de montagne


Responsable du mouvement politique Montagne vive et ancien vice-président de l’Alliance patriziale tessinoise, Germano Mattei ne nie pas la pollution des eaux autour des cabanes de montagne. «Elle existe et doit être monitorée, mais elle concerne une minorité de cabanes», relativise-t-il, ajoutant que celles-ci sont utilisées deux-trois mois par an, le reste du temps, elles sont fréquentées sporadiquement.

La question doit être résolue, mais ce n’est pas simple, tant financièrement que techniquement, relève-t-il. «A 2000 mètres, il n’y a que de la roche.» Selon lui, les cas dont il faut se soucier sont les cabanes à proximité des sources et les vieux refuges aux systèmes rudimentaires, «totalement hors la loi». «Dans les nouvelles cabanes, il y a des fosses septiques, ou biologiques, dont le contenu est héliporté vers les centres d’épuration deux-trois fois l’an.»

«Les eaux usées allaient vers un petit lac…»

Au canton, chef de l’Office de la protection des eaux et de l’approvisionnement hydrique, Mauro Veronesi confirme que le problème n’est pas nouveau. Il se dit néanmoins confiant, les propriétaires prennent la chose au sérieux et agissent de concert avec le canton. Celui-ci intervient lorsqu’un cas lui est signalisé. «Tout contrôler est impossible. Nous évaluons au cas par cas. A Cristallina, par exemple, nous avons déjà demandé que des mesures soient prises. Les eaux usées allaient vers un petit lac, devenu vert à cause des algues, alors qu’à cette altitude, l’eau devrait être transparente.»

Les refuges de montagne sont toujours plus populaires, et «confortables», consommant beaucoup d’eau, observe-t-il, soulignant que le choix des méthodes d’élimination des eaux usées dans les zones qui ne font pas partie du réseau de canalisation est fait par le canton, qui exige le respect de l’état de la technique.

Les méthodes utilisées traditionnellement ne sont plus acceptables, reconnaît-il. «Elles se modernisent progressivement, mais les choses ne peuvent changer du jour au lendemain. On parle de très haute altitude et d’une couverture du sol particulière. Ce n’est pas comme en plaine où l’infiltration de l’eau se fait facilement, ici en termes de pédologie, on a souvent de la roche.»