Alerte à la pollution dans la Vallée de l’Arve (Haute-Savoie), l’un des accès français à Genève. Le dispositif d’alerte est activé depuis cinq jours, les particules dépassant le seuil légal des 50 microgrammes par m3. Mardi, le niveau de 103 microgrammes a été enregistrés à Passy, près de Saint-Gervais-les-Bains, avant de retomber à 89 mercredi.

La Préfecture recommande aux populations les plus fragiles (femmes enceintes, enfants de moins de 6 ans, personnes âgées, insuffisants respiratoires et cardiaques etc.) d’éviter les activités physiques autant en plein air qu’à l’intérieur. Le plan de Protection de l’atmosphère (PPA) a été mis en application avec notamment une limitation de vitesse à 110 km/h sur l’autoroute A40, mesure poussée au 31 mars 2015. La vitesse est également réduite sur certaines routes départementales.

La situation encaissée ainsi que la densité de l’activité humaine dans cette région industrielle sont à l’origine de ces pics de pollution, selon les services de la Préfecture. La moitié des émissions de particules fines provient du chauffage domestique, à 87% au bois. Pour inciter les habitants à moderniser leurs moyens de chauffage, l’Etat propose une aide forfaitaire de 1000 euros à chaque particulier (enveloppe totale: 800 000 euros) pour que les foyers soient équipés d’un appareil moderne aux normes écologiques actuelles. «Nous saluons ce dispositif incitatif car un vieux poêle pollue de 30 à 100 fois plus qu’un nouveau, mais la mesure ne sera réellement efficace que s’il est accompagné de mesures fortes concernant le trafic routier», avance la Chamoniarde Anne Lassman-Trappier de l’association Environn’Montblanc.

Pour beaucoup d’habitants, le PPA est trop tourné sur les seules émissions dues au chauffage au détriment des transports et de l’industrie locale. «Dans notre contexte économique difficile et la crise du décolletage dans la Vallée de l’Arve, il est tabou de demander à l’industrie de faire des efforts, mais il demeure légitime de réclamer moins de voitures sur nos routes», justifie la porte-parole. Qui poursuit: «Après la catastrophe du 24 mars 1999, le tunnel du Mont-Blanc a été fermé pendant trois ans, les médecins ont soigné par la suite nettement moins de pathologies respiratoires car le trafic a chuté».

En début d’année, après un épisode inédit de pollution (trois semaines de dépassement du seuil d’exposition maximale), 84 médecins du département ont écrit à François Hollande afin que le PPA intègre davantage les nuisances liées au trafic routier. Ils relèvent que selon l’Agence régionale de santé, 40 décès par an pour 100 000 habitants seraient liés à la pollution de l’air dans la Vallée de l’Arve.

Environn’Montblanc et l’Association d’usagers du rail Dauphiné Savoie Léman (ARDSL) viennent de lancer une campagne «Inspire» pour une meilleure qualité de l’air. Une pétition, qui a déjà récolté 1000 signatures, demande davantage de trains en Haute-Savoie. Claude Brasier, président de l’ARDSL, explique: «Le train ne capte que 1 à 3% des déplacements en Haute-Savoie parce qu’il n’est pas attractif. Le département possède pourtant 235 km de voies ferrées électrifiées qui sont pratiquement vides en heures de pointe». Claude Brasier cite en exemple le canton suisse du Jura qui a capté 23% des déplacements en mettant un train toutes les demi-heures. «En Haute-Savoie, les deux principales lignes du département n’ont pas de train entre 10h30 et 14h30 ou entre 16h30 et 20h30», regrette-t-il.

A Genève, les quatre stations de surveillance de la qualité de l’air n’ont pas enregistré de dépassement du seuil des 50 microgrammes par m3 pour les particules fines. «Il y a cependant une légère montée due au couvercle posé en ce moment sur la région, un peu de pluie pourrait nous ramener vers la normale», précise Philippe Royer, le directeur du service de l’air. Le Conseil d’Etat a décidé d’appliquer le principe obligatoire de réduction de vitesse (80) sur l’autoroute de contournement si le seuil légal était dépassé durant deux journées consécutives.