Les anti-frontaliers auront sans doute une nouvelle fois de quoi alimenter leurs blogs. L’Etat de Genève s’associe à une structure qui va faciliter le placement de chômeurs français en Suisse. Lundi, Français et Suisses, représentés par Jean-Jack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes, et Charles Beer, président du Conseil d’Etat genevois, ont entériné un accord d’association entre la Cité des métiers de Genève et celle d’Annemasse (Haute-Savoie).

Ouvert en janvier, ce centre devient le premier partenaire de son homologue suisse, vieux de cinq ans. Il fera ainsi partie – avant ceux de Meyrin et d’Onex – de ce qui ­devrait constituer «la Cité des métiers du Grand Genève», première cité transfrontalière au sein du réseau international CdM (Cité des métiers). Le concept est issu de la Cité des sciences et de l’industrie de Paris qui, en 1993, créait la première CdM à la Villette. Aujour­d’hui, 40 CdM sont répartis dans dix pays pour orienter le public sur la réalité du marché du travail.

Dans le contexte de taux de chômage élevé en France (10%) et bas en Suisse (3,2%, 5,3% pour le canton de Genève), ce nouveau dispositif transfrontalier ne risque-t-il pas de fonctionner dans un seul sens? «Il ne s’agit pas de proposer des postes de travail mais de fournir des informations», corrige immédiatement Grégoire Evéquoz, directeur général de l’Office genevois pour l’orientation et la formation professionnelle. Il précise: «Genève n’a pas mis un sou dans la réalisation du centre annemassien.» Son financement a été assuré par Annemasse Agglo, la Région Rhône-Alpes et par le biais de fonds européens.

70% veulent aller en Suisse

«L’ouverture de la Cité des métiers d’Annemasse et son association à la nôtre traduisent une volonté stratégique de répondre aux questions concernant, certes, les conditions de travail en Suisse, le droit, la fiscalité ou les équivalences de diplômes mais surtout sur les formations proposées de part et d’autre», avance Grégoire Evéquoz. Pour ce dernier point, la circulation dans le sens Genève-France voisine serait la plus dense.

«L’accès aux données en possession du centre haut-savoyard va faire comprendre aux Genevois que le système de formation français est très attractif. L’apprentissage chez nos voisins est autrement plus attractif et dynamique que chez nous», indique le responsable. Un jeune Suisse est ainsi en passe de devenir souffleur de verre – profession sans formation en Suisse – après des études à Lyon puis à Paris.

La Cité des métiers genevoise rappelle que 50% des étudiants du Conservatoire national des arts et métiers de Ferney-Voltaire (Pays de Gex dans l’Ain) sont Suisses. Les métiers du bois et l’œnologie envoient aussi beaucoup de jeunes helvètes se former en France tandis que le centre de formation de maintenance avionique de Cruseilles (Haute-Savoie) accueille lui aussi de nombreux Suisses.

Coordinatrice de la Cité des métiers d’Annemasse, Maud Candela reconnaît que 70% des personnes qui, depuis février, se pressent dans ses locaux sont des demandeurs d’emploi qui, pour la plupart, cherchent à adresser leur CV en première intention à des recruteurs suisses. «Nous ne les envoyons pas là-bas, affirme-t-elle, mais nous les invitons à des entretiens personnalisés ou à des ateliers animés par des formateurs suisses qui présentent le marché de l’emploi.» Les postulants apprennent ainsi que si les salaires sont triplés, ils seront par contre exclus du très protecteur régime de la Sécurité sociale, ils devront oublier les 35 heures ou les récupérations du temps de travail et que les méthodes parfois «à la hussarde» en France pour résoudre les conflits d’entreprise ne valent pas en Suisse. «On doit leur signifier que tout n’est pas tout beau de l’autre côté», résume Maud Candela.