Mosnang et le vaste monde. Et Berne, entre les deux, qui fait tampon. Mosnang, une commune de 2500 habitants du Toggenbourg, dans le canton de Saint-Gall: la «patrie» de Walter Fust – «la patrie, c'est là où on est né». Le monde, ensuite. Que de voyages! «Je suis absent de Suisse trois ou quatre mois par an, pour le malheur de ma femme, dit le chef de la Direction du développement et de la coopération (DDC). Je reviens de Serbie et du Tchad et m'apprête à partir en Kirghizie.»

Walter Fust, l'un des instigateurs de l'opération humanitaire Focus destinée aux Serbes durant la guerre contre la Yougoslavie, est un émigré à sa façon. Comme 9000 autres citoyens de Mosnang, il a quitté son village dans sa jeunesse. Mille parmi eux ont gagné d'autres pays, certains vivent près de Savannah, en Géorgie. «Je me souviens que les fermes du Toggenbourg n'étaient pas reliées au réseau routier. Il a fallu remédier à tout cela. Berne avait la même approche du développement pour les régions défavorisées de Suisse qu'aujourd'hui la DDC envers l'étranger.»

Walter Fust avait 16 ans en 1961 lorsque son père, directeur d'une entreprise de construction, est mort. Berne lui semblait lointaine, alors. «On en parlait avec beaucoup de respect et d'estime. Il fallait avoir d'excellents arguments pour s'y opposer. Elle incarnait la capitale, le Moyen Age avec ses bâtiments historiques impressionnants. Berne était le canton fort de la Confédération.» Le respect des Toggenbourgeois pour la capitale était égal à leur fierté. «Nous avons la tête dure dans le Toggenbourg», se félicite Walter Fust.

Privé d'un père à l'adolescence, d'une mère dix ans plus tard, le chef de la DDC a de la ressource. Patron d'un service d'assistance aux pays en difficulté, il s'est voulu le contraire d'un assisté. A 16 ans, il apprend les tâches administratives dans un bureau communal, puis dit au revoir à sa mère, quitte son canton et s'en va à Genève préparer une maturité. Il gagne sa vie en travaillant à la caisse de compensation, obtient son diplôme à 24 ans, poursuit des études à Saint-Gall.

Walter Fust a 31 ans quand il emménage pour la première fois à Berne. Il passe le concours diplomatique sur les conseils d'un cadre de Ciba-Geigy qui lui veut du bien. «J'adorais Berne, j'habitais au Kirchenfeld, à la Dufourstrasse. C'était superbe, je me sentais bien, je profitais de la qualité de la vie.» Mais dans le corps diplomatique, on bouge. Walter Fust est nommé à Genève, puis à Bagdad, Tokyo, Berne à nouveau, Zurich et Berne enfin. La ville fédérale lui plaît toujours autant. «Je n'en ai pas découvert encore toutes les beautés», dit-il un brin flagorneur. Les Bernois? «Ce sont des gens fidèles, parfois un peu lents, mais on peut compter sur eux.» Le chef de la DDC reçoit des délégations étrangères et naturellement, il leur fait visiter la capitale. A son retour de Tokyo, il y a dix ans, Walter Fust souhaitait habiter Berne. Mais sa femme et ses trois enfants en avaient assez de la vie citadine. «J'ai passé un compromis. Nous habitons à la campagne, à Hessigkofen, entre Berne et Soleure. Si bien que nous sommes centralement disloqués, comme j'ai l'habitude de dire.»

Walter Fust organise des journées portes ouvertes à l'attention des habitants du quartier qui abrite l'immeuble récent de la DDC, quelque peu excentré par rapport à Berne. «On m'a dit que ça n'allait pas marcher, mais je suis heureux de constater le contraire. Les gens viennent et sont ravis. De plus, depuis que la DDC a établi domicile ici, les gens du voisinage ont l'impression de vivre plus en sécurité en raison des patrouilles nocturnes des Sécuritas.»

Il y a une autre ville dans le cœur de Walter Fust. «Evidemment, c'est Genève. J'aime les bords de la rade, l'île Rousseau. C'est petit mais très international. Berne aussi est ouverte, mais d'une autre manière.»

Avec Walter Fust, «Le Temps» publie le douzième volet de sa série d'été consacrée aux relations qu'entretiennent les hauts fonctionnaires fédéraux avec la ville de Berne.