Dans la capitale fédérale, Claudia Kaufmann se sent chez elle. Elle connaissait déjà la ville avant de venir s'y installer pour raisons professionnelles, voilà seize ans, et l'idée d'emménager à Berne lui avait d'emblée été agréable. Aujourd'hui, ses toutes premières impressions sur la cordialité des Bernois et la facilité de nouer des relations avec eux restent valables. «Il m'a été très facile de retrouver un cercle d'amis à Berne», affirme la Bâloise d'origine.

La ville lui plaît également pour sa qualité de vie: «Berne est comme un grand village, mais avec tous les avantages qu'offre une ville, notamment en ce qui concerne les infrastructures et dans le domaine culturel.» C'est précisément dans un lieu de culture qu'elle a souhaité nous emmener lors de notre rencontre. Un petit théâtre alternatif, le Schlachthaus, encore peu connu des foules mais dont la réputation va grandissant. Installé au milieu de la vieille ville dans d'anciens abattoirs, on y monte pour la troisième année consécutive des pièces expérimentales ainsi que des spectacles pour enfants. «La qualité des troupes est remarquable et le programme, d'une grande richesse, ressemble à celui d'une salle de très grande ville», affirme-t-elle, en précisant que le tout est organisé sans fausses prétentions, dans un état d'esprit bernois qu'elle apprécie tout particulièrement.

Claudia Kaufmann est la première – et pour l'heure la seule – femme qui assume la tâche de secrétaire générale dans un département fédéral. Quel département? Celui où l'on trouve également Patricia Schulz, la seule personne de sexe féminin à la tête d'un office fédéral. Il s'agit (bien sûr?) du Département fédéral de l'intérieur (DFI), dirigé par la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, qui est – faut-il le rappeler? – la première femme à être devenue présidente de la Confédération. A elles seules, ces trois femmes ne permettent cependant pas d'équilibrer les statistiques de l'égalité entre les sexes dans l'Administration fédérale. Actuellement, 6,5% des hauts fonctionnaires en poste à Berne sont des femmes. En dix ans, leur nombre n'a progressé que très lentement: elles étaient 3,8% en 1991.

Le combat féministe, Claudia Kaufmann connaît bien ça. Elle a été secrétaire de la Commission fédérale pour les questions féminines avant de devenir cheffe du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes, lorsqu'il fut créé en 1988. Aujourd'hui, ce thème lui tient toujours à cœur – comment pourrait-il en aller autrement si l'on considère le travail qui reste à accomplir? –, mais il n'est plus au centre de ses occupations professionnelles. En sa qualité de secrétaire générale, elle est amenée à jongler avec l'ensemble des dossiers issus du DFI. Son rôle, éminemment politique, consiste notamment à rattacher les dossiers qui remontent des offices aux grandes questions qui concernent le département, à donner de la cohérence à l'ensemble en construisant le fil rouge qui relie toutes les questions entre elles. Elle occupe également un rôle de charnière entre les offices et Ruth Dreifuss, dont le bureau est situé juste à côté du sien.

«C'est un travail très prenant, mais qui offre aussi beaucoup de satisfactions», dit le docteur en droit lorsqu'on lui demande si les journées de travail ne sont pas trop longues. Elle mentionne en particulier le plaisir et la chance de collaborer avec Ruth Dreifuss, une femme qu'elle apprécie aussi bien en tant que personne qu'au plan intellectuel, et dont elle partage «à 100%» les luttes politiques. Son enthousiasme pour l'activité qu'elle exerce au sein de l'administration ne tient cependant pas seulement à cette présence: «J'ai beaucoup d'admiration pour l'administration. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, il est possible d'y faire bouger les choses et de développer des idées, même si cela prend souvent beaucoup de temps.» Elle considère donc comme un privilège de pouvoir participer, même modestement, à la construction de la société dans laquelle elle vit.

L'engagement politique de Claudia Kaufmann ne date pas d'hier. Dans sa jeunesse, elle a milité dans les mouvements féministes, pour Amnesty International, contre le nucléaire. Dans la capitale, durant huit ans, elle s'est impliquée dans un groupe de travail chargé de conseiller l'alliance RotGrünMitte. Pour l'instant, elle a toujours pu assouvir sa soif de politique sans passer par le réseau institutionnel des grands partis politiques. Sans doute, comme elle le dit, parce qu'elle appartient à une génération dont la culture consistait précisément à s'engager activement par des voies latérales. Cela tient à une certaine méfiance envers les partis, même si elle n'en fait pas une question de principe: «Je suis la première à souligner l'importance des partis et de leur bon fonctionnement.» A ses réticences, cependant, on sent que, aussi longtemps que possible, elle préférera agir en marge des groupements politiques traditionnels.