«Bonjour, c'est bien Philippe», le répondeur du directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage donne le ton. Il annonce un Suisse romand qui ne s'embarrasse pas de hiérarchie et va droit au but. Un homme venu d'autres horizons, pas vraiment fait au moule de l'administration. Cet aspect avait d'ailleurs effrayé les parlementaires lorsqu'en 1992 Flavio Cotti avait nommé Philippe Roch à la tête d'un office patchwork, lui donnant la tâche de le reprendre en main. Un groupe de 60 députés avait alors signé une lettre de protestation adressée au Tessinois, lui reprochant d'avoir choisi en la personne de l'ancien directeur du WWF Suisse «un militant de l'extérieur». Mais Philippe Roch, s'il se dit toujours militant de l'environnement, a démontré qu'il savait négocier tant avec des partenaires de l'économie qu'avec les parlementaires.

«Mon office est l'objet de nombreuses critiques. L'expérience m'a cependant appris qu'on peut les désamorcer en prenant la peine de donner des explications. Les parlementaires m'ont toujours prêté une oreille attentive, ils m'ont aussi souvent fait confiance et m'ont appris à prendre en compte l'avis des adversaires de l'environnement. C'est essentiel car nous avons besoin d'eux pour atteindre nos objectifs.» Et Berne est une capitale où les rencontres sont faciles. Les gens ne sont pas écrasés par les ambitions politiques ou économiques, remarque le directeur de l'OFEFP. «Dans quelle autre capitale pourrait-on rencontrer l'ensemble du collège gouvernemental sur le trottoir devant le Palais fédéral?»

L'Office fédéral de l'environnement est situé à la périphérie de Berne, à Ittigen. Philippe Roch a passé huit ans dans cette banlieue qu'il qualifie d'affreuse et qui est pour lui la démonstration des carences de l'aménagement du territoire d'une certaine époque. Etonnant, alors qu'il se définit comme quelqu'un dont «la conviction profonde, la philosophie, la religion réside dans l'harmonie de l'homme et de la nature». Pendant ces années pourtant il est peu sorti, passant de son bureau à son studio. Avec, tout de même, des visites régulières à deux chênes voisins. «J'ai beaucoup d'arbres dans ma vie, disséminés dans de nombreux points du globe», remarque-t-il.

Il dépeint une vie de reclus, loin de l'image du brillant directeur d'office en constant déplacement à l'étranger. C'est que Philippe Roch a fait le choix de garder son domicile à Genève: sa maison de Russin avec ses moutons, son potager, ses lapins et ses poules. «Un petit paradis sauvage que je retrouve les week-ends.» Si bien qu'il se sent toujours comme un touriste à Berne. Même s'il aime flâner dans sa vieille ville, longer les rives de l'Aar, dans laquelle il ne s'est jamais baigné. Cette année peut-être… Il apprécie aussi ses habitants, leur gentillesse, leur calme.

Avec le recul Philippe Roch pense qu'il aurait dû déménager, car la distance d'avec les siens n'a pas été facile à vivre. «J'ai sacrifié énormément de choses à mon travail mais en même temps je ne pouvais rêver mieux que la direction de cet office pour servir mon idéal. C'est un privilège extraordinaire. Je pense avoir beaucoup apporté à ce poste mais j'ai aussi énormément reçu.»

Philippe Roch a pu conduire la révision de la loi sur l'environnement en 1995, modernisant le volet concernant les déchets et créant celui sur le génie génétique. La loi sur le CO2, qui fixe la diminution des émissions à 10% du niveau de 1990 à l'horizon 2010, est une de ses grandes victoires. Il arrive au bout de la restructuration de son office et a mené à terme de nombreux dossiers concernant la protection de la nature et le retour d'espèces disparues comme le lynx ou le gypaète barbu. Mais il est également intervenu pour interdire la culture de pommes de terre et de maïs transgéniques en plein champ. Des décisions difficiles mais qu'il qualifie aujourd'hui de visionnaires. «Le temps m'a donné raison. J'ai aujourd'hui l'approbation des paysans eux-mêmes. Par contre les milieux de la chimie m'en veulent toujours et me taxent d'extrémiste. Et le nouveau parlement, qui conduit une politique plus dure, basée sur l'économie et le court terme, reprend ce vieux cheval de bataille. En Suisse on ne reproche jamais à un directeur d'office de ne rien faire. Par contre on n'aime pas qu'il soit trop remuant.»

Avec Philippe Roch, «Le Temps» publie le septième volet de sa série d'été consacrée aux relations qu'entretiennent les hauts fonctionnaires fédéraux avec la ville de Berne.