Rolf Zimmermann a beau avoir été élevé dans le fin fond de l'Argovie, c'est à Berne, où il a rencontré sa femme durant ses études, qu'il se sent chez lui. «A certains égards, je me sens même surassimilé», dit-il. C'est qu'avant de devenir porte-parole du PSS puis conseiller personnel de Ruth Dreifuss, Rolf Zimmermann a été très actif politiquement au niveau local. Il s'est battu avec succès dans les années 80 à la tête du lobby IG Velo pour améliorer le sort des cyclistes dans la ville fédérale et il a longtemps détenu un mandat au parlement communal, où il a été chef de groupe d'une certaine Ruth Dreifuss.

Si depuis une douzaine d'année, la politique fédérale occupe l'essentiel de son temps, il n'a jamais cessé de s'intéresser à sa ville d'adoption, dont il parle avec passion. A la piscine en plein air du Marzili où se déroule l'entretien, Rolf Zimmermann décrit les lieux en long et en large, explique que le cours d'origine de l'Aar a été dévié de tel à tel endroit, nous amène auprès du «Bubensee», minuscule lac dans l'enceinte même de la piscine alimenté par des eaux souterraines, s'émerveille de ce cadre naturel au milieu de la ville et croise les doigts pour que la politique de gratuité des piscines publiques à Berne, régulièrement contestée, perdure. Rolf Zimmermann est intarissable aussi sur la verrue que constitue la place de la gare. Il raconte comment il s'est battu il y a quelques années au sein du PS communal contre un projet de tunnel routier sous la gare qui n'aurait à ses yeux pas résolu mais simplement déplacé les problèmes de congestion du trafic.

Rolf Zimmermann a eu la tentation récemment de revenir à la politique communale. Il a fait acte de précandidature pour l'élection à l'exécutif de la ville du 26 novembre prochain, mais il s'est finalement retiré de la course pour ne pas faire d'ombre au conseiller national Alexander Tschäppät, également en lice. «Il y avait une chance certaine que la base préfère me nominer à sa place, mais cela

aurait été politiquement faux, car Alexandre Tschäppät a un potentiel électoral beaucoup plus fort que moi.» L'envie de travailler au sein d'un exécutif continue toutefois à le titiller, avoue-t-il. Mais pour y accéder, il faudrait un concours de circonstances, car, au niveau communal comme au niveau fédéral, il n'est pas évident d'être la bonne personne au bon moment.

S'il se dit toujours «émotionnellement et intellectuellement impliqué à fond» dans son travail actuel, Rolf Zimmermann ne cache pas qu'il a commencé à réfléchir à son avenir professionnel. Il épaule Ruth Dreifuss depuis plus de sept ans et l'on sait en outre que celle-ci quittera ses fonctions au plus tard au moment d'arriver à l'âge de la retraite, en 2003. Toutefois, «je ne suis pas sous pression car je pense que Ruth Dreifuss restera encore un moment en fonction», précise-t-il.

Une certaine image d'«apparatchik socialiste» poursuit Rolf Zimmermann, tant sa vie semble indissociable de celle de son parti. «J'assume cette image. J'ai fait d'autres choses dans ma vie, mais il est vrai que le parti est régulièrement venu me rechercher, par exemple en 1988 lorsqu'il avait besoin d'urgence d'un chef de presse.» S'il avoue aimer la politique, il dit ne pas chercher absolument le «feu des projecteurs» – qu'il voit d'ailleurs beaucoup moins depuis qu'il travaille dans l'ombre pour Ruth Dreifuss. Il peut très bien s'imaginer faire autre chose à l'avenir. Par exemple travailler ailleurs dans l'administration, pour une œuvre d'entraide ou comme archiviste – il est historien de formation –, et ce dans une fonction dirigeante ou d'état-major.

Bernois, Rolf Zimmermann ne l'est quand même pas tout à fait. La manière dont sa voix tombe s'est peut-être un peu adaptée à sa ville d'adoption, mais son accent suisse allemand n'a pas évolué. Pour dire «oui», il continue à dire «ja» et non «you» voire «yôou». «La question jurassienne me montre également que je ne suis pas un authentique Bernois», dit-il avec humour. «Car je peux certes concevoir la problématique intellectuellement, mais je n'arrive pas à comprendre que ce problème ait pu être le plus important du canton dans les années 70.»

S'il loue Berne pour sa qualité de vie, il admet qu'à son goût, elle est «un peu trop campagnarde du point de vue de son caractère». «Architecturalement, Genève est – avec Bâle dans une moindre mesure – la seule vraie ville urbaine de Suisse.» «Zurich? On y trouve certes la haute finance et la frénésie de la vie, mais elle est construite comme un gros village. Et contrairement à Berne, elle n'a même pas de vieille ville véritable.»

Fin de l'entretien. Rolf Zimmermann sort de sa poche deux pinces à vélo qu'il ajuste au bas de son pantalon. «J'ai le permis de voiture, mais pas de voiture. Je suis membre d'une société de «car-sharing» pour avoir une solution lorsque je dois transporter des objets encombrants. Pour le reste, je trouve que le vélo est le moyen de transport urbain par excellence», lance-t-il avant d'enfourcher son deux-roues.

Avec Rolf Zimmermann, «Le Temps» publie le treizième et dernier volet de sa série d'été consacrée aux relations qu'entretiennent les hauts fonctionnaires fédéraux avec la ville de Berne.