On se souvient que le directeur général des CFF Benedikt Weibel avait dû renoncer il y a une semaine à une partie de son augmentation de salaire 2001 devant la vague d'indignation que la révélation de celle-ci avait suscitée. En restera-t-on là ou la polémique lancée à la mi-février entraînera-t-elle des réformes plus profondes? Compétent au premier chef en la matière, le Conseil fédéral semble déterminé à apporter certains correctifs sans toutefois sortir la grosse artillerie. Sur le fond, le gouvernement ne voit en effet pas grand-chose à redire aux décisions prises aux CFF. Transformée en SA récemment, l'ancienne régie dispose dorénavant d'une large autonomie de décision dans le domaine opérationnel. «Les seules compétences que conserve le Conseil fédéral sont celles d'élire – respectivement de refuser de le faire – les membres du conseil d'administration, et de fixer tous les quatre ans les objectifs stratégiques de l'entreprise», a souligné Moritz Leuenberger devant la presse.

Or, en l'espèce, le conseil d'administration n'a en rien violé les directives stratégiques qui lui sont imposées. Le Conseil fédéral dit même avoir de la «compréhension» pour les motifs qui ont poussé les CFF à adapter massivement à la hausse leurs gros salaires. Il est indéniable que trouver sur le marché international des grosses pointures dans le domaine ferroviaire aux salaires jusqu'ici en vigueur en Suisse est pratiquement impossible.

Moritz Leuenberger dit toutefois «déplorer» que l'écart entre les plus bas et les plus hauts salaires ne cesse de se creuser. «Il faut éviter que des situations aussi crasses que celles que l'on trouve dans le secteur privé ne se produisent dans les entreprises publiques.» Il faut donc s'attendre à l'introduction de certaines normes en la matière dans les objectifs stratégiques des entreprises appartenant à la Confédération. Et cela tombe bien: le cahier des charges actuel de Swisscom et de La Poste arrive justement à échéance à la fin de cette année. Celui des CFF devra, lui, être reformulé pour la période 2002-2005.

Il ne faut toutefois pas s'attendre à ce que le Conseil fédéral impose aux trois entreprises des grilles de salaires prêtes à l'emploi. «Il ne s'agira pas d'objectifs sous forme de chiffres», prévient d'ores et déjà le ministre des Transports et de la Communication. Tout au plus, le gouvernement devrait-il indiquer une ligne directrice, qui continuera à laisser aux conseils d'administration une large autonomie décisionnelle.