Des sols contaminés que la loi a oubliés

Haut-Valais Lonza n’est pas obligée d’assainir 104 parcelles peu polluées au mercure

Les terrains perdront pourtant beaucoup de valeur

La recherche du mercure dans les sols haut-valaisans est arrivée à la fin d’un premier cycle d’investigation. Elle permet d’avoir une vue d’ensemble des parcelles polluées. Cela aura pris une année et 4000 échantillons pour la plus grande pollution des sols au mercure connue en Suisse.

Lundi soir, l’Etat du Valais présentait le résultat de cette longue campagne d’investigation aux 1400 propriétaires de terrains concernés. Sur la scène du Théâtre de la Poste à Viège, des représentants de Lonza, de l’Etat et de la Confédération étaient là pour annoncer à leurs propriétaires que 104 parcelles sont oubliées des lois. C’est-à-dire que, dans la zone à bâtir, Lonza n’est pas légalement contrainte d’assainir les parcelles contenant entre 0,5 mg et 2 mg par kg de terre. Elles seront pourtant inscrites au cadastre des sites pollués et perdront ainsi de la valeur.

Dans la salle, Thomas Burgener, ancien conseiller d’Etat, candidat au Conseil des Etats, est aujourd’hui le porte-voix des propriétaires de terrains, – souvent des employés de Lonza pour qui il est difficile de critiquer leur employeur personnellement, et qui se sont regroupés pour défendre leurs intérêts. Son intervention porte sur ces 104 parcelles et demande la recherche d’une solution politique entre les communes, l’Etat, l’entreprise et les propriétaires.

Ce thème sera le prochain bras de fer entre Lonza et l’Etat du Valais. «Nous avons prévu une rencontre entre les représentants des propriétaires, Lonza et l’Etat du Valais pour chercher ensemble une solution à cette situation», a souligné plusieurs fois Jacques Melly, conseiller d’Etat responsable de l’Environnement. Son département espère que, pour des raisons d’image, Lonza finira par financer plus d’assainissements que ce qui est exigé par la loi. La semaine dernière, le Conseil fédéral a répondu par la négative à une demande du conseiller national valaisan Mathias Reynard, d’exiger des assainissements dès 0,5 mg de mercure dans les zones habitées. «Le gouvernement a estimé que la loi devait protéger la population en cas de risque pour sa santé, ce qui n’était pas le cas à de telles concentrations», résume Cédric Arnold, chef du Service de protection de l’environnement de l’Etat du Valais. Il a ajouté que les propriétaires «pouvaient entamer des procédures civiles contre le pollueur dans de tels cas». Mais l’Etat espère une solution plus rapide et plus simple pour ces 104 parcelles.

L’Etat publiait lundi la première carte révélant l’ampleur de la pollution. Elle montre que le mercure se concentre surtout sur les rives du Grossgrundkanal, où Lonza évacue ses eaux usées. La région de Viège, autour du site industriel, est aussi concernée. Dans les zones habitées, à Viège et à Turtig, 71 parcelles devront être assainies, contre 19 parcelles agricoles le long du canal et 4 parcelles agricoles dans le reste du périmètre pris en considération. Les travaux pourraient commencer cet automne, annoncent d’une même voix Lonza, qui s’est engagée à préfinancer les travaux, et l’Etat du Valais.

L’entreprise n’a pour l’instant aucune estimation du prix de l’excavation et du traitement par tonne de terre. «Nous avons trois possibilités qui ont des coûts différents», explique Remi Luttenbacher, responsable de l’environnement chez Lonza. «La première consiste à amener la terre à l’étranger, où elle subira un traitement thermique. La seconde à confier ce travail à une entreprise de la région qui a déjà fait ce genre de travaux, mais nous devons nous assurer qu’elle en a la capacité. La dernière, c’est de procéder à ce traitement au sein même de Lonza.» La profondeur des excavations doit encore être déterminée.

Dans les zones habitées, à Viège et à Turtig, 71 parcelles devront être assainies