C’est la seule des candidats déclarés à la succession de Doris Leuthard au Conseil fédéral à ne pas siéger à Berne: à 52 ans, l’Uranaise Heidi Z’graggen se prévaut en revanche de quatorze années de travail dans un exécutif cantonal et de contacts dans toute la Suisse. Grande amoureuse de la nature, cette docteure en sciences politiques est louée pour sa capacité à forger des compromis.

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Elle s’excuse, en français, de recevoir dans une petite salle de séance impersonnelle, car son bureau est un «grand bor…», dit-elle, avant de s’interrompre, cherchant le mot approprié. Ce mot, elle le trouve, mais, à ce que l’on voit par la porte entrebâillée, il est évident qu’il est très exagéré et que nul chaos ne règne. «Je suis plutôt très ordonnée, admet-elle. C’est juste, en l’état, que le bureau n’est pas adéquat pour recevoir des invités.»

Lorsque je vois une porte ouverte, ou lorsque j’ai l’impression qu’elle pourrait s’ouvrir pour moi, j’y vais et j’essaie de faire de mon mieux

Heidi Z'graggen

Durant la discussion qui suit, la démocrate-chrétienne tiendra à ne répondre qu’en français. Des connaissances qu’elle a engrangées lors du semestre passé à Genève durant ses études de sciences politiques. Ce sont ces études qui l’ont amenée à la politique. «Lorsque j’étais assistante à l’Université de Berne, un ami m’avait proposé de faire un discours pour le 100e anniversaire du PDC uranais. J’ai ensuite été engagée sur une campagne, puis à la présidence du parti et, de là, élue au Conseil d’Etat. A chaque étape, je quittais ma zone de confort, poursuit-elle. Je n’ai rien planifié. Lorsque je vois une porte ouverte, ou lorsque j’ai l’impression qu’elle pourrait s’ouvrir pour moi, j’y vais et j’essaie de faire de mon mieux.»

Education très égalitaire

Toute jeune, elle avait déjà décidé de quitter une carrière qui aurait pu continuer de façon rectiligne: après quatre ans d’enseignement dans des classes primaires, «je me suis dit que je ne pouvais pas travailler toute ma vie comme institutrice». La jeune Uranaise commence alors des études d’histoire, se penchant particulièrement sur le droit de vote des femmes en Suisse. A la maison, ayant grandi entre deux frères, son aîné et son cadet, elle avait reçu une éducation très égalitaire: «Mon père, qui était ouvrier chez Bally, ne voulait pas que je fasse le ménage. Je devais l’aider quand il travaillait sur sa voiture, dans la forêt ou dans la montagne. Parfois, j’aurais préféré faire le ménage!» dit-elle en riant.


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Son amour de la vie professionnelle fait aussi que, «lorsque j’étais jeune femme et que j’aurais pu avoir des enfants, il n’était pas possible – ou du moins je pensais que cela ne l’était pas – d’être mère et de travailler en même temps. Nous n’avions pas les crèches qui existent aujourd’hui. Et j’aimais travailler!» Ce qui, manifestement, n’a pas changé. Heidi Z’graggen, dont le partenaire, un membre de l’UDC siégeant au conseil de la Banque cantonale zurichoise, réside à Eglisau (ZH), parle avec enthousiasme de son département, celui de la Justice, «très varié car couvrant des thèmes comme l’aménagement du territoire, les communes ou encore la protection de la nature».

Protectrice de la nature

Ruth Wipfli Steinegger, présidente de la Commission uranaise pour la protection de la nature et du paysage, qui travaille souvent avec Heidi Z’graggen, confirme la fibre environnementale de la candidate au Conseil fédéral: «Son amour de la nature est lié à son amour de la patrie. En outre, elle travaille véritablement pour la cause, et non pour sa propre personne.»

L’épouse de Franz Steinegger, ancien président du PLR suisse, est convaincue qu’Heidi Z’graggen ferait une très bonne conseillère fédérale: «Elle a du charisme, souligne-t-elle, et elle comprend vite les points essentiels des problèmes qui sont sur la table.» De plus, ajoute-t-elle, la démocrate-chrétienne a de l’endurance: «Dans le projet de développement d’Andermatt, elle a su trouver des compromis avec tous les acteurs impliqués, notamment les organisations environnementales, ce qui n’a pas toujours été facile.»

Pour l’heure, pour se détendre, la candidate lit des romans policiers et historiques ou va admirer la nature au bord du lac d’Arni, à 1400 m d’altitude, «où mes grands-parents ont grandi». D’un sommet proche, elle peut encore s’imaginer «sauter dans la couche des nuages», comme lorsqu’elle avait 6 ans. «Mon père, qui nous soutenait toujours beaucoup, avait trouvé l’idée très bonne. Aujourd’hui, j’ai sauté dans la candidature au Conseil fédéral. Je sais que, quel que soit le résultat, j’atterrirai en douceur, grâce à la solidité des institutions suisses.»

Le 16 novembre prochain, le PDC choisira les candidats qu’il veut proposer à la succession de Doris Leuthard, qui aura lieu le 5 décembre.


Bio express

1er février 1966 Naissance à Silenen (UR).

Formation Ecole normale. Licence et doctorat en sciences politiques.

2000-2005 présidente du PDC uranais.

2006-2016 membre de la présidence du PDC suisse.

2014-2016 présidente du Conseil d’Etat.

Depuis 2004 conseillère d’Etat chargée du Département de la justice.
Présidente de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage.
Membre du Bureau de la Conférence des gouvernements cantonaux.