L’an prochain, la prime standard de l’assurance obligatoire pour une franchise à 300 francs – sans modèle alternatif – augmentera de 4% en moyenne. Entre cantons, les différences sont notoires. La hausse est la plus forte dans le canton de Vaud, soit 6,4%, alors qu’elle se limite à 1,9% dans les demi-cantons de Nidwald et d’Appenzell AI. Pour les cantons romands, elle se monte à 3,8% pour Fribourg, 4,8% pour le Jura, 5,4% pour Genève et Neuchâtel et 5,9% pour le Valais.

Heinz Brand, le président de la faîtière Santésuisse et conseiller national UDC, dénonce le trop grand pouvoir des cantons.

Le Temps: Les primes augmentent une fois de plus de 4%. Le système de santé suisse est-il malade?

Heinz Brand: Non, il n’est pas malade. C’est un système qui offre d’excellents soins, mais dont on abuse malheureusement des prestations. Le Conseil fédéral l’avoue lui-même: 20% des prestations sont superflues ou contre-productives, par exemple en radiologie.

Craignez-vous que le système actuel explose pour faire place à une médecine à deux vitesses, l’une pour les riches et l’autre pour les pauvres?

Aujourd’hui déjà, nous nous dirigeons vers une médecine à deux classes. Les patients disposant d’une assurance complémentaire se font prescrire davantage d’actes, parfois inutiles d’ailleurs. Cette tendance se confirmera à l’avenir: de plus en plus d’assurés ne pourront plus se permettre de contracter une complémentaire. Mais il ne faut pas dramatiser: l’actuel catalogue de prestations de l’assurance de base garantit un traitement à la fois rapide et de très bonne qualité à toute la population.

Le politicien que vous êtes en tant que conseiller national (UDC/GR) se sent-il impuissant à maîtriser les coûts?

Oui, dans la mesure où nous avons assisté à cette évolution des coûts depuis longtemps sans avoir pu réagir. Les gens attendent des partis politiques qu’ils freinent cette spirale des coûts qui a atteint la limite du supportable, aussi bien pour les assurés que pour certains cantons. Aujourd’hui, plus de la moitié des ménages souffrent de primes trop élevées et doivent renoncer à d’autres dépenses de consommation. C’est beaucoup!

La Suisse compte 84% de médecins spécialistes, contre 70% en moyenne européenne. Avons-nous trop de spécialistes qui multiplient les actes?

En Suisse, il est beaucoup plus attrayant pour un médecin de travailler comme spécialiste que comme généraliste. La santé est un marché. Plus il y a de spécialistes, plus le volume de prestations augmente: c’est une réalité. L’ouverture d’un cabinet de spécialiste occasionne des coûts d’environ 700 000 francs pour les caisses. En se montrant trop généreux dans les autorisations de pratiquer pour les spécialistes, les cantons peuvent provoquer une hausse dramatique des coûts.

Les cantons doivent-ils introduire un numerus clausus en la matière?

Je suis persuadé que nous ne pouvons plus continuer sans une politique restrictive: les cantons doivent absolument limiter l’arrivée de nouveaux médecins. Mais ce numerus clausus ne doit concerner que les domaines où il y a déjà suffisamment de spécialistes. Dans leurs hôpitaux, les cantons n’ont jusqu’à présent que partiellement voire pas du tout respecté le moratoire sur les nouveaux médecins. Pour la période suivant le moratoire actuel, le Conseil fédéral propose de laisser les cantons décider de la densité de médecins qu’ils souhaitent, et ceci, sans exiger de coordination entre eux. Pour moi, c’est inacceptable. Cela provoquerait une suroffre au lieu de remédier au problème.

Une opération des varices coûte 6000 francs en stationnaire, contre 2500 en ambulatoire. Les cantons doivent-ils établir des listes d’opérations en ambulatoire?

Lucerne et Zurich le font déjà et d’autres cantons suivront. C’est une bonne chose. Mais il est tout aussi important que les cantons soient conséquents. Ils doivent participer financièrement à cette tendance et aussi réduire le nombre de lits en hôpitaux.

Justement, les cantons ne participent pas à la couverture des prestations en ambulatoire, ce qui crée de faux incitatifs. Que proposez-vous?

En 2016, la plus forte hausse des coûts (8%) s’est produite dans l’ambulatoire. Il faut donc tendre à un nouveau système dans lequel les cantons paient la même part des prestations, que les opérations se fassent à l’hôpital ou non. Mais cela ne suffit pas: notre association Santésuisse propose aussi l’introduction de tarifs forfaitaires pour une même prestation dans l’ambulatoire. Les économies seraient substantielles.

Vous critiquez le pouvoir des cantons dans la santé. N’est-ce pas vous, les assureurs, qui en avez le plus?

Les caisses n’ont aucun pouvoir, elles n’ont que des obligations. En raison de la liberté qu’a le patient de choisir son médecin, elles doivent régler toutes les factures, sauf dans des cas exceptionnels. Les cantons ont beaucoup plus de pouvoir. Ils portent d’ailleurs trop de casquettes: ils font la planification hospitalière tout en étant propriétaires d’hôpitaux. Ils sont impliqués dans la fixation du tarif DRG des prestations. Ils décident de l’arrivée des médecins sans en supporter les conséquences financières. Cela ne va pas.

Vous avez déposé une initiative parlementaire pour obliger les assurés à prendre une franchise élevée pour au moins trois ans. Qu’en attendez-vous?

Tous les acteurs du système doivent contribuer à la maîtrise des coûts, les assurés aussi. Les franchises élevées sont une bonne manière d’en appeler à leur responsabilité individuelle, mais ils doivent en accepter les avantages et les inconvénients sur une période prolongée. Il serait logique qu’il ne soit plus possible pour eux de reprendre à court terme la franchise minimale lorsqu’ils ont des ennuis de santé.