Heinz Brand, l’UDC qui se voit conseiller fédéral

Portrait Le Monsieur asile de l’UDC est un candidat sérieux pour accéder au gouvernement

Son sort dépend de celui d’Eveline Widmer-Schlumpf

Lundi, Heinz Brand était aux côtés de Magdalena Martullo-Blocher lorsqu’elle a annoncé à Coire sa candidature pour le Conseil national. A peine vingt-quatre heures plus tard, il est sur le toit-terrasse de l’Hôtel Bellevue à Berne. Cette fois, il est question de lui et du bilan de ses cent premiers jours à la présidence de Santésuisse, organisation faîtière des assureurs maladie.

Incontournable, Heinz Brand. Et pas seulement en ce début de semaine. Son parti, l’UDC, compte bien retrouver son second siège au Conseil fédéral, et le conseiller national figure en bonne place des candidats potentiels. Surtout s’il s’agit de récupérer la place occupée par Eveline Widmer-Schlumpf au gouvernement. Viser le siège d’un autre conseiller fédéral serait plus problématique car Heinz Brand a le défaut de provenir du même canton que la ministre des Finances et il est peu probable que l’Assemblée fédérale élise un deuxième conseiller fédéral grison, ce qui serait le cas si Eveline Widmer-Schlumpf est réélue. Mais cette partie-là se jouera dans quelques mois.

En attendant, Heinz Brand se prépare à toutes les éventualités. Interrogé sur la question, il se contente de déclarer qu’«il ne faut jamais dire jamais». Mais son sourire en coin ne trompera personne. D’ailleurs, la candidature de Magdalena Martullo-Blocher sert aussi ce dessein: renforcer l’UDC et, par ricochet, les chances du parti de décrocher un second siège au gouvernement. Le conseiller national en est conscient: une telle élection dépend de toute une série de facteurs. «On ne peut rien faire pour, on ne peut rien faire contre», dit-il.

Mais quelques signes montrent que Heinz Brand a des ambitions et que l’UDC compte sur lui. Sa nomination à la présidence de Santésuisse en fait partie. Personne ne se bousculait au portillon pour accomplir cette mission. L’organisation est affaiblie depuis le départ de plusieurs gros assureurs de la faîtière, lesquels ont fondé dans la foulée Curafutura et nommé à sa présidence le conseiller national (PLR/TI) Ignazio Cassis, un homme, médecin par ailleurs, qui connaît le dossier de la santé sur le bout des doigts. Depuis, les deux entités se partagent les assurés: 54% pour Santésuisse, 46% pour Curafutura.

Heinz Brand contre Ignazio Cassis: il n’y a pas photo. Le premier a du retard à combler si Santésuisse veut gagner en crédibilité. Surtout qu’il a le défaut de ne pas être membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique, contrairement au Tessinois qui siège de plus à la sous-commission LAMal et est incontournable sur la question. Heinz Brand dit avoir accepté le poste justement parce qu’il aime les défis. S’asseoir simplement dans un fauteuil ne l’aurait pas intéressé. Santésuisse doit revoir son organisation, trouver un nouveau souffle. Et c’est ce qui l’intéresse.

Surtout, cette présidence permet à Heinz Brand d’élargir son champ de compétences. Et de ne plus être seulement le Monsieur Asile de l’UDC. Un titre qui lui a été accordé tout naturellement puisqu’avant son élection au parlement, il a occupé le poste de chef de la Police des étrangers dans le canton des Grisons. Il a même présidé pendant quatre ans l’Association des chefs de police cantonale des étrangers.

Toujours courtois, disponible et réfléchi, Heinz Brand n’en défend pas moins des positions dures. Aux Grisons déjà, c’est lui qui a eu l’idée d’installer les requérants récalcitrants dans des containers à Landquart, une «punition» qu’il s’impatiente de voir appliquer dans l’ensemble de la Suisse. Il a également les Erythréens dans son collimateur. Il était à la manœuvre pour biffer la désertion des motifs recevables pour l’obtention du droit d’asile. Ou encore pour supprimer la possibilité de déposer une demande d’asile dans les ambassades suisses.

C’est lui qui dicte la ligne de l’UDC sur les questions migratoires et il est un des pères de l’initiative «Contre l’immigration de masse». A ce titre, s’il est élu au Conseil fédéral, il n’est pas impossible qu’il soit appelé à reprendre le Département fédéral de justice et police, en mains de Simonetta Sommaruga, afin de trouver lui-même une solution pour appliquer le texte.

Preuve, s’il en faut encore, que Heinz Brand ne serait pas un «demi-conseiller fédéral UDC», il a lui-même déposé une initiative parlementaire visant à instaurer la supériorité du droit suisse sur le droit international. Monsieur Asile-Mister Santé aime les positions claires. Et c’est lui qui le dit.

S’asseoir simplement dans un fauteuil ne l’aurait pas intéressé. Santésuisse doit revoir son organisation