carnet noir

Helmut Kohl, l'ami allemand de la Suisse

Le jovial Rhénan, décédé ce vendredi, a été le meilleur compagnon de la petite Suisse auprès de la Communauté européenne d'alors

Avec le départ du pouvoir du chancelier Helmut Kohl, en 1998, le petit monde politique helvétique a soudain pris conscience du vide: la Suisse perdait son plus précieux soutien auprès de la Communauté européenne. A la rondeur paternelle du jovial Rhénan succéda la rigueur prussienne de Gerhard Schröder, pour qui la Suisse se résumait à un pays non-membre du club.

Pendant les années de dures tractations de la Suisse avec Bruxelles pour négocier son contrat d’adhésion à l’Espace économique européen (EEE), c’est au géant de Bonn que firent appel régulièrement les différents conseillers fédéraux en charge du dossier. Mais c’est surtout après le «non» à l’EEE du 6 décembre 1992 que la Suisse se tourna vers Helmut Kohl pour entamer des négociations en vue d’accords bilatéraux. Et le chancelier, qui connaissait bien la Suisse, ne les déçut pas. Il est décéd vendredi à l'âge de 87 ans.

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De nombreuses visites

On ne compte plus les visites officielles et privées que réserva Helmut Kohl à ses amis suisses au début des années 1990. D’abord dans des visites de travail, en 1992, à l’Université de Zurich, en 1993 et 1994. Mais aussi dans le cadre de la démocratie-chrétienne européenne. Secrétaire général du PDC de 1988 à 1992, le Schwytzois Iwan Rickenbacher se souvient encore très bien des apparitions d’Helmut Kohl aux congrès du parti suisse, notamment à Zurich en 1994. Les conseillers fédéraux PDC Flavio Cotti et Arnold Koller avaient de leur côté noué d’excellents contacts avec lui.

L’ancien président de la CDU/CSU Wolfgang Schäuble dira plus tard: «Nous de la CDU, Angela Merkel et avant elle Helmut Kohl, avons toujours considéré qu’il était de la responsabilité de l’Allemagne de respecter l’histoire et la volonté de nos voisins. Car l’Allemagne est le pays d’Europe qui a le plus de voisins.»

Le pèlerinage de Rarogne, pour Rainer Maria Rilke

En 1993, Helmut Kohl fit le pèlerinage de Rarogne sur la tombe du poète Rainer Maria Rilke. On vit même, cette année-là, le chancelier allemand assister au Festival du film de Locarno, par l’entremise de Flavio Cotti, puis assister, en compagnie d’une brochette de politiciens suisses, au «dîner républicain» organisé par le journaliste de Ringier Frank. A. Meyer. Le patron de Swatch, Nicolas Hayek, qui avait lancé avec Mercedes le projet de la voiture Smart et était membre du comité stratégique industriel allemand, a raconté cette anecdote sur ses relations avec le chancelier. Au cours d’une visite privée, celui-ci aurait dit à l’industriel suisse: «Nicolas Hayek, vous jouissez de quelque crédit auprès du peuple suisse. Pourquoi ne nous aidez-vous pas à le convaincre de rejoindre l’UE?». A quoi Nicolas Hayek aurait interjeté: «Pourquoi est-ce si important pour l’UE d’avoir à son bord cette petite Suisse de sept millions et demi d’habitants?». Réponse du chancelier: «Parce que vous avez énormément d’argent, et nous, des projets pour en faire bon usage.»

Mais c’est pour un compte secret auprès d’une banque installée en Suisse, Norfolk, pour financer les campagnes électorales de la CDU, que Helmut Kohl tomba en disgrâce auprès de son parti, qui lui retira son titre de président d’honneur en 2000.

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