Prix des médicaments

Helsana critique un office trop complaisant

Alors que la facture des médicaments s’alourdit, l’assureur pointe un doigt accusateur sur la pharma qui multiplie les fausses innovations et sur un office fédéral trop complaisant dans la fixation des prix

La facture des médicaments s’envole. Ces trois dernières années, elle a augmenté de plus de 6%, alors que les dépenses globales de la santé ont tendance à se tasser (+ 2,6% en 2017). L’an dernier, les médicaments prescrits dans le secteur ambulatoire de l’assurance de base ont coûté 7,5 milliards de francs, soit 20% de plus qu’en 2014. «Une hausse disproportionnée», s’est alarmé Daniel Schmutz, le CEO d’Helsana, l’une des plus grandes caisses maladie de Suisse.

Depuis cinq ans, ce groupe, qui compte 1,9 million d’adhérents, publie un rapport sur les médicaments. Les données recouvrent tous les coûts ambulatoires, à l’exclusion du secteur hospitalier stationnaire, où les prestations font l’objet de forfaits. Les résultats sont ensuite extrapolés pour toute la Suisse.

Dès 2014, la facture s’est dangereusement alourdie, partiellement en raison du fait que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a suspendu ses contrôles à la suite de l’effet suspensif dû à un conflit qu’a tranché le Tribunal fédéral. Si le nombre d’achats augmente, ce sont surtout les coûts qui s’envolent. Les médicaments les plus onéreux sont les immunosuppresseurs (utilisés pour prévenir le rejet lors de greffes d’organes ou pour traiter les maladies auto-immunes) et les anticancéreux.

Les fausses innovations

Au niveau des remèdes, Helsana a lancé deux pavés dans la mare. Le groupe regrette que l’industrie pharmaceutique abuse des fausses innovations. Celle-ci est particulièrement prompte à qualifier un nouveau produit «d’original, d’unique, voire de révolutionnaire». Un marketing légitime peut-être, mais trompeur en fin de compte. «88% des préparations concernent un principe actif connu», note Annette Jamieson, spécialiste du secteur économie et politique chez Helsana. C’est dire que beaucoup de nouveaux produits se signalaient surtout par d’autres dosages ou tailles d’emballage différentes. «Leur caractère réellement novateur est souvent limité, voire nul», ajoute-t-elle. Bref, des génériques aux substances actives identiques pourraient leur servir de substitut et coûteraient moins cher.

Bien sûr, les véritables innovations existent, selon Helsana. Ce sont par exemple les médicaments antiviraux contre l’hépatite C. Grâce à eux, les chances de guérison des patients ont considérablement augmenté par rapport aux traitements existants.

Des économies de 100 millions

Outre la pharma, Helsana critique aussi l’attitude trop complaisante de l’OFSP, soit l’organe qui fixe le prix des médicaments à la Confédération. Curafutura, l’association faîtière de cette caisse, a fait ses propres calculs et estime que Berne pourrait exercer une pression accrue sur le prix des médicaments. Elle effectue une comparaison des prix au niveau international et une comparaison thérapeutique transversale, soit des médicaments ayant le même effet. Souvent, elle parvient à un prix sensiblement inférieur à ceux fixés par l’OFSP (voir tableau). De plus, Curafutura reprend à son compte une proposition qu’avait faite le groupe d’experts du Conseil fédéral, à savoir un contrôle du prix des médicaments chaque année, et non seulement tous les trois ans. «Ce serait possible grâce à un nouvel outil technologique peu coûteux.»

Contacté, l’OFSP rétorque qu’il s’en tient aux bases légales actuelles selon le principe de l’économicité pour fixer les prix. Il annonce qu’il a achevé le contrôle de 90% des médicaments cette année et qu’il annoncera des baisses de prix débouchant sur des économies de 100 millions le 1er décembre prochain. Il précise encore que l’industrie pharmaceutique a déjà adressé des recours pour 27 médicaments auprès du Tribunal administratif fédéral.

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