L’attentat de Manchester a encore augmenté l’inquiétude des communautés juives. «Ces attaques se répètent chaque semaine. Elles ne visent plus seulement les juifs mais la société en général», estimait mercredi devant la presse Herbert Winter, le président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), à la veille de l’assemblée de l’organisation à Lausanne.

Des menaces plus précises en Suisse

En Suisse aussi, les menaces contre la communauté juive se sont faites plus précises ces deux dernières années, assure Herbert Winter. «Les services de renseignement nous l’ont confirmé et nous avons été contraints de relever le niveau d’alerte.» Cela fait déjà bien longtemps que les 22 synagogues de Suisse ou les écoles juives sont protégées par des gardes privés. «Les institutions juives ressemblent à des forteresses, nos enfants passent par des sas de sécurité et nos garçons ont pris l’habitude de cacher leur kippa sous des casquettes», se désole Herbert Winter.

Une tribune d’Herbert Winter: Nous, juifs suisses, ne sommes pas des quémandeurs mais des citoyens à part entière

«Nous ne pouvons plus nous protéger seuls, prévient le président de la FSCI. Nous dépensons des millions de francs par année et nous avons atteint nos limites. Une protection policière accrue permettrait de réduire ces coûts.» Un appel qui commence à être entendu par la Confédération et les cantons, se réjouit-il.

Double menace

A titre de comparaison, près de 8000 soldats protègent la communauté juive en France, laquelle a été visée par des attentats à Toulouse ou à Paris ces dernières années. «Nous faisons face à une double menace, analyse Pinchas Goldschmidt, grand rabbin de Moscou et président de la conférence des rabbins européens. D’un côté, le terrorisme islamiste. De l’autre, les restrictions à la liberté de religion décidées au nom de la lutte contre le radicalisme islamiste. Herbert Winter renchérit: «Ce n’est pas en interdisant les foulards et les minarets qu’on luttera contre le djihadisme.»

Les juifs regrettent d’être des victimes collatérales des mesures prises contre l’islam, avec qui le judaïsme partage certaines pratiques. «La Norvège veut interdire la circoncision, ce qui reviendrait à nier la présence juive dans ce pays. Pendant la campagne électorale française, Marine Le Pen voulait interdire l’abattage rituel», énumère Pinchas Goldschmidt. Même en Suisse, le climat de défiance envers l’immigration musulmane pénalise les juifs. «Il est de plus en plus difficile pour des élèves d’obtenir des congés lors des fêtes religieuses, surtout dans les cantons les plus laïques de Genève et de Neuchâtel», relève Herbert Winter.