Hervé Falciani, l’homme qui a livré à la France et à d’autres les trois quarts de la clientèle privée d’HSBC à Genève, l’a dit à son avocat: il ne viendra pas à son procès, qui doit s’ouvrir le 12 octobre devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Mais il se rendra, le 28, à deux pas de la frontière suisse, à Divonne. Pour une conférence de presse en forme de pied de nez où il doit faire la promotion du livre où il raconte – à sa manière – ses aventures.

L’ex-informaticien de la banque le sait: tant qu’il ne met pas le pied sur le territoire suisse, il ne risque pas d’être arrêté pour être conduit devant ses juges. Il est Français, et la France, comme la Suisse d’ailleurs, n’extrade pas ses propres ressortissants.

Les Suisses ont bien réussi à le faire arrêter un jour qu’il passait par Barcelone. Mais l’Espagne ne l’a finalement pas livré non plus, car ses fichiers lui ont permis, à son tour, de mettre la main sur nombre d’évadés fiscaux, dont de gros poissons.

Espionnage économique

Pas de chance pour la justice suisse, donc. Celle-ci devra se contenter de le juger par défaut. A moins que l’intéresse se ravise à la dernière minute. Mais il y a peu de chance. Encore moins depuis qu’on sait qu’au lieu de se présenter à ses juges, avec le risque d’être arrêté séance tenante, Hervé Falciani a préféré honorer les médias de sa présence.

La conférence de presse, qui aura lieu au Casino de Divonne, se tiendra dans le cadre des 4èmes Assises du journalisme, organisées à Genève par le Club suisse de la presse, Impressum, l’association professionnelle des journalistes, ainsi que Amnesty International et Reporters sans frontières, notamment. Thème: l’information à l’heure de Wikileaks et du "datajournalisme". Un domaine où, aux yeux des organisateurs, Hervé Falciani a quelques titres à faire valoir, lui qui est parvenu à pomper les fichiers de plus de 13 000 clients de son ex-employeur.

La justice, qui risque de parler à un absent, lui demande quand même des comptes. Devant le Tribunal pénal fédéral, il est accusé d’espionnage économique, violation du secret bancaire et commercial et soustraction de données. Hervé Falciani répond, mais en restant à prudente distance, qu’il est un vrai whistleblower. Et que son acte est allé dans le sens de l’histoire, qu’il aura tout de même, un peu, contribué à accoucher. En effet: demain, c’est-à-dire en 2018, la Suisse passe à l’échange automatique.