La défense a marqué quelques points au deuxième jour du procès d’Hervé Falciani devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Trois témoins se sont succédé à la barre, mais l’absence de l’accusé transforme le procès en un curieux puzzle dont manquent beaucoup de pièces. Et les premières tensions sont apparues entre le président de la cour et Me Marc Henzelin, l’avocat de l’accusé, bien décidé à exercer à sa manière son droit de poser des questions embarrassantes aux témoins.

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Il n’a pas touché d’argent

C’est en exerçant ce droit que Me Henzelin a mis à mal la thèse de l’intérêt financier de l’accusé. Rien dans les analyses effectuées sur les ordinateurs de l’accusé ne permet d’affirmer qu’il a touché de l’argent en échange des données dérobées au sein de HSBC, a dû reconnaître le policier responsable de l’enquête. Certes, d’autres témoins disent le contraire, dont la maîtresse de l’accusé à l’époque – il vivait encore avec sa femme et sa fille à Genève – en compagnie de laquelle il s’était rendu au Liban pour proposer des données à des banques de la place. Elle devrait être entendue jeudi, mais vit à l’étranger et personne ne semble sûr de sa venue à Bellinzone.

Dans le «deep web»

La nature des informations proposées par le duo au Liban demeure sujette à controverses. Là aussi, Me Henzelin a engrangé des avantages. Le même enquêteur, dont c’était pourtant le dossier, s’est montré incapable d’affirmer qu’il s’agissait bien de données de clients et non, comme le soutient l’avocat, d’informations de caractère général pêchées dans le «deep web» et agrégées de manière à permettre l’identification de clients potentiels.

Au service du Vatican

Pour l’enquêteur en chef, les questions de Me Henzelin n’ont décidément pas été une partie de plaisir. Le défenseur a commencé par lui lancer une question à laquelle personne ne s’attendait. «Quel est votre employeur?», a-t-il répété plusieurs fois. En effet, le témoin n’est plus au service de la Confédération et croyait s’en sortir en disant qu’il avait un nouvel emploi «dans le domaine de la sécurité». Extrêmement réticent, il mettra de longues minutes avant de lâcher le morceau: «Le Vatican».

«Vous êtes donc au service de l’étranger», lâche Me Henzelin, qui n’en a pas fini et continue à demander plus de détails. On apprendra donc que l’ancien enquêteur spécialisé de la police judiciaire fédérale est devenu vice-commandant de la Garde suisse – ce qui n’a rien de secret et avait été annoncé par communiqué l’été dernier.

Des contacts avec le fisc français

Heureusement pour le témoin, qui ne s’est pas montré toujours très sûr de son fait, Me Laurent Moreillon, l’avocat de la banque, partie civile au procès, lui a tendu des perches. L’enquêteur a ainsi confirmé que les contacts d’Hervé Falciani avec un fonctionnaire du fisc français, Jean-Patrick Martini, remontaient au mois de mai 2008, soit bien avant que l’informaticien de la banque quitte précipitamment la Suisse pour trouver abri en France, à Noël 2008.

Des données légalement obtenues?

La manière précise dont les Français sont entrés en possession des fameuses listes contenant les noms des trois quarts environ de la clientèle de HSBC à Genève demeure un angle mort de l’acte d’accusation que la défense compte bien exploiter. Qu’Hervé Falciani ait cherché preneur pour ces données en France et auprès de services dans d’autres pays, personne ne le conteste. «Il le revendique», lance même son avocat. Avant de passer en France avec des disques contenant les noms des trois quarts de la clientèle de HSBC, l’accusé n’avait livré le nom que de sept de ces clients. A-t-il lui-même remis ces données représentant un volume gigantesque à son contact lors de son arrivée en France, ou bien les Français ont-ils utilisé exclusivement les données qu’ils ont légalement saisies sur lui lors d’une perquisition ordonnée en territoire français à la demande des Suisses qui cherchaient à les récupérer? Ou ces deux hypothèses sont-elles vraies toutes les deux?

Le procès se poursuit mercredi avec l’audition d’employés, actuels ou anciens, de HSBC.