Les autorités ne baissent pas la pression sur les hautes écoles spécialisées (HES). Les sept «universités des métiers» du pays devront composer avec une enveloppe financière par étudiant réduite et concentrer encore leurs filières pour augmenter les effectifs. Ce sont les grandes lignes du «masterplan» que l'Office fédéral de la formation professionnelle et la technologie (OFFT) et la Conférence des directeurs de l'instruction publique (CDIP) ont élaboré pour les années 2004 à 2007.

Les jeunes entrent dans les HES – en technique, gestion, arts appliqués et bientôt professions du social, de la santé et des arts – en général après l'obtention d'une maturité professionnelle, préparée en parallèle à l'apprentissage. Jeudi, le dixième anniversaire de cette maturité était célébré dans l'euphorie: près de 50 000 jeunes ont obtenu ce sésame, avec un taux de progression impressionnant. En moyenne nationale, un jeune sur dix obtient désormais ce titre (18% décrochent la maturité gymnasiale).

En termes de pilotage politique, le «masterplan» réunit cantons et Confédération. Les HES dépendent en effet de l'Etat fédéral au niveau légal, mais les cantons assument une part prépondérante de leur financement. Pour 2004-2007, la Confédération versera 1,1 milliard de francs, les cantons, 4,4 milliards. Les moyens augmentent de 80 millions par année.

Mais il faudra néanmoins «faire des économies», prévient le président de la CDIP, le Saint-Gallois Hans Ulrich Stöckling. D'abord, parce que la fréquentation connaît une hausse explosive, bien plus forte que celle des universités. L'effectif total devrait passer de 30 000 à 35 000 étudiants durant ces quatre ans. Les HES devront aussi absorber les filières de la santé et du social, développer la recherche ainsi qu'introduire les nouveaux titres de bachelor et master. Si les écoles devaient suivre l'évolution des effectifs tout en assumant ces coûts supplémentaires, le découvert grimperait à 498 millions. Il faudra donc serrer les boulons.

Président de la commission fédérale des HES, l'Argovien Rainer Huber se réjouit de voir que les «universités des métiers» ont atteint certains objectifs: «Elles assument un rôle important dans l'économie des régions, se sont ouvertes sur le plan international et ont fait de gros efforts en matière de qualité.» Mais, ajoute d'emblée le chef de l'OFFT Eric Fumeaux, les écoles devront encore faire preuve de «créativité» pour des mesures dont la mise en œuvre sera «dure».

Réactions

Ainsi, un coût standard par étudiant sera établi pour les filières techniques (36 000 francs) et santé-arts-social (29 000 francs), ce qui, dans la pratique, équivaut à une baisse des subsides par personne. De 75 pour une filière complète, le nombre minimal d'élèves passera, à l'horizon 2008, à 60 par année et par site au niveau du bachelor et 30 au master. La formation continue et les prestations (mandats, études, etc.) devront être fournies aux prix du marché. En outre, les taxes d'études seront alignées sur celles des universités. Puisqu'il est précisément question d'augmenter les tarifs de ces dernières, la question se pose aussi pour les HES, mais Hans Ulrich Stöckling ne veut pas se faire «d'illusions» sur les gains réels d'une telle hausse. Un numérus clausus est aussi écarté. Les écoles peuvent faire face aux nouvelles exigences en se rationalisant davantage et en partageant mieux les tâches, argue le Saint-Gallois. Pour Eric Fumeaux, c'est la compétitivité nationale qui est en jeu.

Reste que la pilule sera difficile à faire passer pour certains secteurs. La Conférence des directeurs des hautes écoles d'art a réagi d'emblée en fustigeant un programme qui ne tient pas compte des particularités des formations artistiques, notamment par l'exigence du seuil minimal de 60 étudiants: «Une loi spécifique est urgente.» Des enseignants genevois et vaudois dénoncent aussi les «diktats» venus de Berne et des économies jugées «très graves, décrétées sur un plan théorique, sans liens avec les besoins de l'économie.»