Martine Brunschwig Graf, la responsable de l'Instruction publique genevoise, est rayonnante. Après quatre ans de travaux et de combat, tout est en place pour pouvoir achever la mise sur pied des Hautes écoles spécialisées (HES). Le 20 mars dernier, le dernier acte s'est joué devant le Grand Conseil. Avec l'appui des libéraux, des radicaux, du PDC et des Verts, le projet de loi sur l'enseignement professionnel supérieur a été adopté par 55 voix contre 11 (l'Alliance de gauche) et 29 abstentions (les socialistes et d'une partie de l'AdG). Cette loi concrétise le contreprojet à l'initiative de la gauche qui demandait une HES genevoise et fut rejetée en juin 1997. Elle autorise aussi le Conseil d'Etat à adhérer au concordat intercantonal créant la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), à laquelle participe Genève. Désormais, il ne manque plus que le feu vert du Valais pour que la création de l'«université romande des métiers» qui met en réseau les écoles d'ingénieurs, de gestion et d'arts appliqués, puisse se terminer.

La libérale genevoise tient un rôle clé: elle pilote le dossier à Genève, préside le comité stratégique provisoire de la HES-SO et le comité qui travaille sur les futures HES sociales et de la santé. Enfin, elle fait partie de la commission fédérale des HES. Interview.

– Le Temps: La loi genevoise est adoptée. Que permet-elle de faire?

– Martine Brunschwig Graf: Elle permet de mettre sur pied la structure genevoise de fonctionnement et j'espère que cela donnera un coup d'accélérateur dans le domaine de la recherche appliquée, des prestations à des tiers, du transfert technologique. A Genève, nous voulons aussi mettre sur pied une petite cellule de conseil qui offre un appui aux écoles. Elle établira, par exemple, les contacts avec les entreprises, facilitera les démarches pour les brevets. Elle pourra aussi développer la collaboration avec l'université.

– A Genève, tous les obstacles sont donc levés?

- Quasiment. Le délai référendaire court toujours. J'espère qu'il ne sera pas utilisé.

- Où en est-on en Suisse romande?

– Comme à Genève, la transformation des écoles se poursuit, il s'agit d'intensifier la recherche, de moduler la charge des enseignants, de doter les écoles d'un corps intermédiaire. Dès que le Valais aura adopté le concordat, tous les organes de la HES-SO pourront être mis en route. Il faudra alors nommer le comité stratégique, le conseil scientifique, le comité directeur, un secrétaire général.

– A Genève, l'école d'ingénieurs s'est-elle déjà transformée?

– Les travaux sont en cours. La première tâche était de renforcer la voie scolaire. Ce qui est fait depuis la rentrée 1997. Le cursus est porté à trois ans, avec un renforcement de la pratique, de la culture général et des langues. Les élèves obtiendront une maturité technique qui donnera accès à toutes les écoles HES techniques en Suisse. Des projets de recherche sont en préparation, on travaille avec les autres cantons romands sur les futurs centres de compétence.

– Sont-ils déjà définis?

– On en est au stade des projets. Les centres de compétences seront en fait octroyés par la Confédération à la suite de concours. Les centres de compétence ne sont ni des instituts fixes et figés dans des écoles, ni des filières de formation. Ils seront basés sur des projets de recherche dans un domaine combiné. Par exemple: les ressources alimentaires et les technologies environnementales et chimiques. On pourra donc collaborer entre différentes écoles emmenées par un leader.

– Des députés ont critiqué le fait qu'aucun Genevois ne préside les groupes de travail…

– En tout cas, les Genevois sont partout! Des discussions sont en cours pour leur donner plus de responsabilités. Le groupe «design», par exemple, sera présidé par Roger Fallet, le directeur de l'Ecole d'arts appliqués.

– Que proposez-vous pour le contrôle parlementaire?

– Le 1er mai, les conseillers d'Etat devraient adopter un concept qu'ils vont proposer aux bureaux des Grands Conseils et présenter au Forum interparlementaire romand. L'idée est d'avoir une commission interparlementaire qui puisse intervenir sans se transformer en parlement. Elle pourrait par exemple traiter de rapports, se prononcer et faire des recommandations.

– Où en sont les travaux dans les domaines sociaux et de la santé?

– Entre Romands, nous nous sommes donné un délai clair: nous voulons tout mettre en place pour la rentrée de l'an 2000. Nous évaluons les profils de formation. Un chargé de mission a été nommé. Il dispose d'un petit budget. Enfin, un autre groupe de travail réfléchit aux écoles de musique, mais les préparatifs sont moins avancés que dans les domaines du social et de la santé.

Propos recueillis par Catherine Dubouloz