Comment réélire Eveline Widmer-Schlumpf tout en respectant le principe de concordance qui veut que les principales forces politiques soient représentées au Conseil fédéral en fonction de leur force électorale? C’est le casse-tête auquel sont confrontés les 57 élus socialistes des Chambres fédérales. Incontournable, le groupe PS hésite entre sacrifier le ministre libéral-radical de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, ou repousser à plus tard les revendications de l’UDC pour retrouver son deuxième siège. «Notre stratégie ne devrait pas être fixée avant le 13 décembre, à la veille de l’élection du Conseil fédéral», assure le président du PS, Christian Levrat.

Le Comité directeur du PS fixe la ligne qui sera débattue devant les délégués ce samedi à Lucerne. Au projet de résolution d’un militant de l’aile gauche, Ruedi Tobler, qui souhaite pour le Conseil fédéral une alliance des partis «capables de concordance» excluant l’UDC, les dirigeants socialistes opposent un net refus.

«La concordance implique que les principales forces politiques soient représentées au gouvernement, répond la direction socialiste. Par le passé, le PS s’en est toujours tenu à cette interprétation… Dans le cas contraire, le danger que le PS (au lieu de l’UDC) ne soit plus représenté n’est de loin pas à écarter. Un gouvernement sans UDC serait un gouvernement de coalition difficilement compatible avec la démocratie directe.»

A suivre cette logique, les socialistes devraient donc être en faveur d’un Conseil fédéral composé de deux UDC, deux socialistes, deux libéraux-radicaux et un démocrate-chrétien. «A l’exception d’une petite minorité, le PS a toujours été fidèle au principe de la concordance, assure Christian Levrat. Cela signifie que, pour nous, l’UDC a droit à deux sièges, comme le PS ou le PLR. Mais la question que nous n’avons pas encore tranchée est de savoir s’il faut lui accorder ce deuxième fauteuil déjà maintenant ou attendre une prochaine vacance.»

En fait, le 5 novembre, le nouveau groupe socialiste des Chambres a déjà eu l’occasion de faire un tour de table sur la base d’un document de travail contenant deux postulats. Premièrement, chaque parti aurait droit à un nombre de sièges correspondant à sa force électorale. Deuxièmement, les deux partis les plus à droite, en l’occurrence l’UDC et le PLR, ne pourraient prétendre qu’à quatre sièges sur sept au Conseil fédéral car ils ne disposent de la majorité dans aucune des deux Chambres et sont sur une pente descendante.

«Ne laisser que trois sièges à se partager entre UDC et PLR, cette réflexion gagne une large partie du groupe», estime le Fribourgeois Jean-François Steiert. Lui-même avoue pourtant de la sympathie pour les idées du Zurichois Andreas Gross qui, dans son dernier livre (Au-delà de l’automne), plaide pour une «petite concordance» sans l’UDC, mais incluant le PLR. «La politique est une question de rapports de force. Or il n’existe pas de majorité au parlement pour cette petite concordance», estime Jean-François Steiert.

A l’opposé, ceux qui, comme le Zurichois Daniel Jositsch, estiment qu’il faut appliquer strictement une concordance mathématique – deux sièges à l’UDC, pas de réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf – restent minoritaires.

Tout serait plus facile pour les socialistes si, comme ils les y poussent, PDC et PBD se résolvaient à passer un pacte d’union, fusion ou autre, qui permettrait de justifier deux sièges entre eux. Avec 17,8% des voix, cette «holding politique» passerait largement devant le Parti libéral-radical.

Cela ne soulagerait peut-être pas la conscience des socialistes, mais cela donnerait plus d’assise à un raisonnement que beaucoup d’entre eux jugent boiteux. Avec 5,4%, le PBD ne peut justifier seul la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf.

Parce que beaucoup estiment qu’elle n’a pas démérité comme ministre des Finances, mais surtout parce que sa seule présence empêche une majorité de la droite libérale et nationaliste, la conseillère fédérale grisonne devrait pourtant faire le plein des voix à gauche et au centre. «Je n’ai pas vraiment envie de sortir l’UDC du Conseil fédéral, mais je n’ai pas envie non plus de sortir une ministre en place qui fait bien son travail», justifie la Genevoise Maria Roth Bernasconi.

Alors, comme elle, une majorité des députés socialistes semble se dire que priver l’UDC durant quatre ans encore de son second siège serait un moindre mal.