En moins de quatre ans sous la Coupole, Hildegard Fässler a connu un parcours fulgurant. Elle est parvenue à se hisser dans deux des commissions les plus prestigieuses – celle des finances et celle de l'économie et des redevances – et elle vice-préside même depuis la fin de l'année dernière le groupe socialiste. Si elle n'a guère pesé jusqu'ici de manière déterminante sur l'issue des débats, elle s'est taillé un rôle en vue dans les médias alémaniques grâce à un abord facile, une aisance verbale certaine et un style très direct. Cette spontanéité lui a toutefois fait commettre aussi sa première grosse erreur il y a six mois. Alors qu'Ursula Koch était encore en fonction et en pleine tourmente, elle avait confié à un journaliste qu'elle serait intéressée à lui succéder. Largement interprétée comme un coup de poignard dans le dos de la présidente, cette annonce prématurée avait poussé Hildegard Fässler à s'excuser dès la semaine suivante. Mais cela l'avait surtout quasiment contrainte à confirmer sa candidature une fois Ursula Koch partie, en dépit de perspectives de victoire devenues ténues dans l'intervalle.

Peu à son aise

Depuis, «Hilde», comme la surnomment ses proches, s'était faite discrète sur le devant de la scène médiatique et, lors de ses rares apparitions, on l'a sentie peu à son aise. Ce que l'on pressentait depuis plusieurs jours s'est finalement produit mardi: la Saint-Galloise s'est retirée de la course à la présidence. Cette annonce intervient après trois jours de vacances passées dans le Piémont en compagnie de son collègue socialiste du Conseil des Etats Gian-Reto Plattner et de sa femme. Mais Hildegard Fässler assure que sa décision est le fruit de consultations plus larges «auprès du groupe parlementaire, du parti cantonal et de la base». Hildegard Fässler, qui avoue un «certain soulagement» après son retrait, justifie sa marche arrière par le souci de faciliter le «débat de fond» au Parti socialiste. En se maintenant en lice, la lutte avec Christiane Brunner, désormais seule candidate, se serait résumée à une discussion de personnes, estime-t-elle. L'échec récent de Jacqueline Fehr à l'accession à la présidence du PS zurichois la conforte dans cette analyse. Malgré de «très bonnes propositions de fond», la conseillère nationale avait en effet été sanctionnée par la base pour son activisme anti-Koch.

Hildegard Fässler ne nie pas non plus qu'elle a rencontré des difficultés à trouver des personnalités romandes qui auraient été prêtes à constituer un ticket avec elle. «Beaucoup m'ont dit qu'ils auraient aimé travailler avec moi. Mais se présenter à la vice-présidence dans le cadre d'une contre-candidature à Christiane Brunner est irréaliste car celle dispose d'un grand capital-sympathie en Suisse romande», précise-t-elle. Le renoncement de Hildegard Fässler est emblématique de ce qu'une source bien informée qualifie de la «logique de l'abstention» qu'a provoquée la candidature de Christiane Brunner. Personne dans le parti n'ose l'affronter. Les Romands pour les raisons évoquées par Hildegard Fässler, les Alémaniques par crainte de donner l'impression de s'opposer à l'accession – pour la première fois de l'histoire – d'une Romande à la tête du parti. Et par peur aussi d'une défaite, car la Genevoise, figure historique du syndicalisme et de la lutte pour les droits des femmes en Suisse, est très populaire. Cette même dynamique a conduit plusieurs papables à la vice-présidence à renoncer ces dernières semaines, en particulier l'Argovien Urs Hofmann et la Bernoise Simonetta Sommaruga. Ne restent finalement en lice pour les deux postes à pourvoir que les noms avancés au début de l'été par les milieux proches de Christiane Brunner, ceux de la Zurichoise Christine Goll et du Schaffhousois Hans-Jürg Fehr.

Prochaine offensive

Le trio, qui est «en contact étroit» selon une source interne, devrait monter à l'offensive prochainement. Les deux papables à la vice-présidence n'ont en effet pas encore déposé officiellement leur candidature, démarche possible jusqu'au 18 août. Quant à Christiane Brunner, en retrait jusqu'ici mais libérée désormais de la contrainte d'avoir à se définir par rapport à d'autres candidats, on attend d'elle qu'elle affiche ses priorités politiques et qu'elle s'expose davantage. Car divers débats cruciaux pour la gauche, comme la flexibilisation de l'âge de la retraite ou les votations du 24 septembre, se profilent à l'agenda encore avant le Congrès du PS à Lugano, qui intronisera officiellement la Genevoise en octobre.