Le premier décembre, le logo Hilton disparaîtra des toits de la rade genevoise. Ce cinq étoiles, fleuron de l'hôtellerie genevoise, change de mains, comme l'a révélé mercredi l'hebdomadaire Genève Home Information. C'est l'aboutissement d'un long feuilleton pour le palace que les Genevois appelaient le «Noga» ou «Noga Hilton», du nom de la société de Nessim Gaon, ancien propriétaire de l'hôtel mis en faillite.

Les nouveaux propriétaires saoudiens ont choisi de confier la gérance à un autre groupe hôtelier haut de gamme, Kempinski. Catherine Neri, représentante à Genève du groupe Hilton International, regrette «cette situation, mais espère qu'Hilton, dans sa stratégie européenne, retrouvera un site aussi prestigieux autour du lac». Pour les employés, rien ne devrait changer. Ils seront repris par la nouvelle structure, selon un accord conclu avec les syndicats. Ceux-ci se félicitent de ce résultat qui concerne le plus grand hôtel suisse en termes d'emplois.

Kempinski, une société d'origine allemande, détient aujourd'hui plus de 70 hôtels de grand luxe dans le monde, dont l'Hotel Adlon de Berlin ou le Mirador, au Mont-Pèlerin (VD). Pour François Bryand, directeur de Genève-Tourisme, «une garantie pour l'avenir et un gage de sérieux et de luxe pour le tourisme genevois». Un nouveau nom devra s'imposer aux Genevois et acquérir une notoriété. Le nouveau cinq étoiles rouvrira ses portes dans le premier trimestre 2007, après d'importants travaux.

Un symbole de la Rade

L'imposante façade de l'hôtel sert de point de repère à tous les Genevois. Sa taille en impose comme son architecture due au Cchaux-de-Fonnier André Gaillard dans les années 70. Sa structure en travertin, un calcaire marbré, et de grandes surfaces vitrées tranchent avec les immeubles plus classiques qui ceinturent la rade de Genève. Il est pour certains, à l'instar d'Uni-Dufour, une erreur architecturale.

Au début des années 70, le peuple genevois refusait la rénovation de l'ancien Kursaal, qui fut détruit. Un trou béant entouré de palissades défigurait la Rade en face du jet d'eau et du Mont-Blanc. La ville sans solution fit appel au financier Nessim Gaon. Après l'échec de deux projets aux surnoms poétiques - «le piano à queue» et «la pile d'assiettes» -, les édiles genevois embarquèrent, comme se le rappelle Eric Kuhne, ancien directeur du Noga, «sur un bateau de la CGN pour se rendre compte de l'impact réel du projet et finalement l'accepter».

L'âge d'or du tourisme

La première pierre fut posée en 1976, raconte Eric Kuhne. «C'était un concept unique, tout à la fois hôtel de luxe, théâtre, salle de conférence, et situé dans la plus belle rade du monde.» Pour son directeur, «le Noga Hilton a toujours eu du succès, c'était une mine d'or». Il symbolise l'âge d'or du tourisme et la présence sur les quais genevois de la clientèle du Golfe. Depuis son ouverture, il est aussi un des fleurons du divertissement et des nuits genevoises. «Au Grand Casino, nous avons accueilli les plus grandes stars, de Lisa Minelli à Céline Dion ou le spectacle Cats.» Eric Kuhne se souvient également de la grande période de Régine, star des nuits françaises, qui géra une discothèque et un restaurant.

Mais si l'hôtel fonctionne bien, «la décoration commençait à dater, aucune rénovation n'avait été entreprise, selon Eric Kuhne, et les clients des cinq étoiles sont très exigeants».