Les quatre collages de Thomas Hirschhorn n’ont pas manqué leur effet. A peine accrochés, en décembre dernier, dans la salle où siège le parlement de Davos, ils ont suscité l’ire de deux élus radicaux. Qui ont demandé à leurs collègues de bannir cette œuvre jugée hautement incompatible avec l’exercice de leurs fonctions. Because, Because, le titre de la série, juxtapose des photos de femmes nues tirées de magazines pornos et des images de guerre montrant des corps horriblement mutilés. Une représentation «unilatérale et destructive», selon les deux parlementaires. Jeudi soir, les 17 membres du Grosser Landrat – le parlement – ont décidé par treize voix contre quatre de laisser les collages à leur place.

De haut en bas et de gauche à droite: Collage I «Because, Because (Bad company)» – Collage II «Because, Because (It’s the world, it’s my world)» – Collage IV «Because, Because (Crocodile Tears)» – Collage III «Because, Because (An Automatic «No»)»/Thomas Hirschhorn

Le parlement est en partie responsable de son malheur. Il a chargé la commission culturelle de la commune de constituer une collection d’œuvres d’artistes contemporains qui vivent à Davos ou un rapport avec la station. Dans une loi votée sans opposition en 1999, il réserve à cet effet la somme relativement modeste de 10 000 francs par année. Les pièces doivent être exposées dans un endroit accessible au public. Natif de Davos, où il a passé son enfance, Thomas Hirschhorn remplissait parfaitement les conditions. L’accrochage dans la salle du Parlement s’est fait avec l’accord du président de cette institution.

Hans Peter Michel, le maire radical de la commune, qui siège aussi dans la commission culturelle, ne regrette pas un instant le choix de Thomas Hirschhorn. «Je ne suis pas un spécialiste des beaux-arts, mais le critère pour ces achats ne doit pas être de plaire à une majorité. Si c’est le parlement qui doit décider ce que l’on peut considérer comme de l’art, autant arrêter tout de suite l’exercice», avait-il déclaré avant le débat.

Dans la pratique, le parlement a bel et bien décidé. Hirschhorn, qui en a irrité bien d’autres, aurait pu ne pas être prophète dans son pays. Mais une majorité du Parlement n’a pas voulu confirmer le cliché de provinciaux insensibles à l’art. Même le chef du groupe UDC a déclaré qu’il ne revenait pas à un législatif de se prononcer sur des questions esthétiques.

Thomas Hirschhorn est un artiste qui a l’habitude de déranger. Cité dans la documentation transmise au parlement pour son débat de jeudi, il déclare. «Je sais que mon travail peut conduire à des réactions. Ce n’est pas un problème pour moi. Je suis prêt à encaisser toutes les critiques à cause de Because, Because, même les plus injustifiées. Mais il faut que vous sachiez que «vouloir provoquer» ou «créer le scandale» ne fait en aucun cas partie de ma logique, ni en général d’une logique artistique. Seul celui croit devoir se protéger de quelque chose est «provoqué» et «scandalisé». Je veux que mon travail se confronte au noyau dur de la réalité, je sais qu’il le peut, à Davos et ailleurs.»

Thomas Hirschhorn a été entendu. Davos, qui accueille les grands de ce monde une fois par année lors de son Forum, avait en son temps battu en froid l’impressionniste allemand Ernst Ludwig Kirchner. Aujourd’hui, le musée qui lui est dédié est une des attractions de la station grisonne. Y aura-t-il dans quelques années aussi un musée Hirschhorn à Davos?