DécèS

Hommage au juge fédéral Bernard Corboz

L’ancien procureur général du canton de Genève et juge au Tribunal fédéral Bernard Corboz est décédé à l’âge de 65 ans. Alain Wurzburger, ancien juge fédéral, lui rend hommage

Juge est une fonction difficile, lourde de responsabilités, qui requiert de nombreuses qualités que le juge Bernard Corboz possédait au plus haut point. Il était l’exemple même de ce que l’on attend d’un juge à la Cour suprême, pas seulement parce qu’il avait accédé au Tribunal fédéral comme juge suppléant en 1981, puis comme juge ordinaire en 1990, mais parce qu’il a constamment témoigné de la plus grande rigueur morale et intellectuelle.

Précis, sérieux, il mettait ses éminentes connaissances de juriste au service de la justice. Son but était de parvenir au jugement le plus juste possible. Il avait une haute idée de sa fonction, non pour lui-même mais pour servir son prochain par la qualité de la jurisprudence à laquelle sa contribution a été aussi importante que constante et souvent décisive.

Œuvrant pendant plus de vingt ans au sein du Tribunal fédéral, il a notamment été juge à la Cour de cassation pénale jusqu’en 1998. Il a fait partie de la Chambre d’accusation, dont il a été le président de fin 1995 à fin 2002, vouant tout son soin aux affaires les plus délicates. Il a passé avec aisance dès 1999 à la Ire Cour civile (devenue Ire Cour de droit civil), qu’il a présidée avec efficacité de 2003 à 2008.

Il maîtrisait aussi bien le droit pénal que le droit privé, comme du reste la procédure. Cela reflète sa polyvalence, qui se retrouve également dans ses nombreuses publications et les multiples conférences qu’il a données tant pour garder le contact avec la société en dehors du Tribunal fédéral que pour transmettre ses précieuses connaissances et, par là, aider les autres juristes.

Ses écrits étaient non seulement juridiquement du meilleur niveau, mais aussi tournés vers les praticiens; ils étaient d’une clarté qui les rendait abordables et utiles. Tout cela restait finalement dans sa ligne de contribution à une administration irréprochable de la justice, une ligne dont il ne s’est jamais écarté. Rapide, mais jamais superficiel, il était d’une honnêteté sans faille dans la recherche de la meilleure solution. Bien préparé par les nombreux postes occupés dans la période genevoise de son activité, il n’était pas détaché de la réalité.

Ce n’était pas l’homme des concessions, des compromis, et encore moins des intrigues. Loyal et direct, son but restait la recherche de la solution juste et équitable. Impeccable dans sa tenue comme dans ses propos, il était très respectueux de la dignité de sa fonction. Affable dans ses relations avec ses collègues et les gens qui travaillaient avec lui, il était collégial. Au-delà de la cordialité, il n’accordait pas d’emblée son amitié, mais, une fois acquise, elle était sincère et indéfectible.

Il ne faisait pas que donner l’image d’un juge compétent rendant une bonne justice: il était vraiment cela. C’est l’hommage qu’on doit lui rendre avec reconnaissance. Le pays perd un grand serviteur de la justice et la communauté des juristes en deuil s’associe respectueusement à la peine immense de sa famille et de ses proches.

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