Cet homme avait gagné tous ses paris: scientifiques, médicaux, sociaux et familiaux. Né au cœur du pays de Vaud, Jean-Pierre Guignard étudie la médecine à Lausanne, fait sa thèse dans l’unité de pharmacologie de l’Unil sous la direction du professeur Georges Peters, puis part se former à Londres, au Canada, aux Etats-Unis et à Mexico-City. Le professeur Emile Gautier l’appelle à Lausanne pour créer une unité de néphrologie pédiatrique avec une quadruple mission: enseigner, prendre en charge les enfants souffrant de pathologie rénale, créer une unité d’hémodialyse pédiatrique et poursuivre une recherche de pointe dans le domaine de la néphrologie pédiatrique.

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Sa recherche a été consacrée à la fonction rénale des prématurés parallèlement à l’exploration d’un modèle animal. Cinq cents articles, 33 thèses de doctorat dont 14 primées, l’accueil de nombreux hôtes sabbatiques, témoignent de son activité d’enseignant et de chercheur qui lui a valu une renommée internationale. Lors de cette cérémonie, les hommages de reconnaissance sont venus du monde entier car il avait créé, entre autres, l’European Society for Developmental Pharmacology. Ses travaux, soutenus par le FNRS, recevront le Prix Guido-Fanconi en 1983.

Un médecin, un ami

Sa famille, par la voix de sa fille et de sa petite fille, a évoqué de façon émouvante quel père et grand-père attentif et formateur il avait été pour eux. Ses patients ou leurs parents lui ont rendu un vibrant hommage en témoignant qu’il avait été non seulement un médecin toujours à leur écoute mais était devenu un ami, comme un membre de leur famille.

Animé depuis ses années universitaires par un idéal social, il a rencontré les autorités politiques locales, et Pierre-Yves Maillard, l’ancien conseiller d’Etat, était là pour en témoigner, mais aussi, par l’intermédiaire de la Centrale suisse de secours, il s’est impliqué, au Vietnam pendant et après la guerre, dans certains pays d’Afrique du Nord ou d’Amérique du Sud en particulier à Cuba, en apportant aide médicale directe, matériel médical et médicaments et en formant de jeunes médecins venus de ces pays.

A sa retraite il est devenu corédacteur du Journal Espaces de l’Avivo, écrivant des articles où il interviewait d’anciens patients pour illustrer certaines problématiques médicales ou encore, comme il était encore un grand lecteur, en résumant les livres qu’il avait aimés en particulier ceux de Leonardo Padura, écrivain cubain qu’il avait même reçu chez lui.

En prenant congé du professeur Guignard, nous réalisons la richesse de sa personnalité, l’importance de son investissement en tant que médecin et scientifique mais aussi comme être humain généreux et chaleureux. Au moment où le Service de pédiatrie du CHUV connaît des turbulences qui font souffrir tous les anciens qui y ont consacré tant d’efforts, il est un modèle pour tous ceux qui aiment et prennent soin des enfants.

Merci, Jean-Pierre.