Entre le marteau éditorial et l’enclume journalistique, le cœur de Stéphane Devaux, corédacteur en chef du quotidien neuchâtelois ArcInfo, n’a pas résisté. Il a lâché brutalement vendredi 20 mars en début de matinée, alors qu’un taxi emmenait cet homme de 60 ans chez son médecin pour une visite médicale. Il était en arrêt maladie depuis une quinzaine de jours, épuisé au point de laisser son équipe rédactionnelle se battre seule avec le coronavirus. Ce qui n’était pas le genre de Stéphane Devaux.

Car il incarnait ses responsabilités. Son engagement journalistique quotidien a toujours gardé une longueur d’avance et d’urgence sur les heures et les jours qu’il aurait dû reprendre pour être quitte avec sa santé.

Sa passion pour les mots bien tournés, il l’a d’abord nourrie par ses études. Né à Lamboing, sur le plateau de Diesse, il a suivi son gymnase à Bienne puis conclu des études de lettres avec une licence à Neuchâtel, option histoire. Après quelques essais dans l’enseignement, il entre en stage à L’Express de Neuchâtel en 1988 et devient journaliste sportif, l’une des plus belles époques de sa carrière, aimait-il rappeler en se souvenant d’avoir couvert deux fois les Jeux olympiques d’hiver.

Difficile rapprochement

Puis il passe aux rubriques régionales, et finalement à «la cantonale». Il va la diriger dans la phase délicate, en novembre 1996, où L’Impartial et L’Express concrétisent leur difficile rapprochement. La rédaction ne restera pas indemne de ces fréquentations frileuses, et quand se crée une Société des rédacteurs pour affronter l’éditeur, Stéphane Devaux y entre malgré ses responsabilités de chef de rubrique.

Il s’engage aussi à l’Association neuchâteloise des journalistes, qu’il préside dès 2006. Lors de la grève d’automne 2008 au sein des deux journaux, quand un grave conflit surgit suite à la volonté éditoriale de réduire la voilure rédactionnelle de quinze postes, il est sur le pont. Certaines responsabilités lui seront retirées, bonus salarial compris.

Au printemps 2009, la charge de rédacteur en chef devient vacante au Journal du Jura. Stéphane Devaux est encouragé à la prendre. Il la prend et la tient durant six ans, souvent en butte aux baronnies de la rédaction qu’il ne maîtrisera que difficilement, payant déjà un dû à la santé durant quelques mois d’arrêt maladie.

Mariage de deux titres

En 2016, il revient à L’Impartial-L’Express, trop heureux de n’y conduire que la rubrique «Montagnes». La pause sera de courte durée. Faute de trouver la personne idéale pour reprendre la rédaction en chef où l’éditeur n’a plus voulu du titulaire, on casse le poste en deux et on sollicite Stéphane Devaux pour s’occuper de la partie journalistique et régionale. Il accepte en janvier 2017 et prend une part active au mariage définitif des deux titres qui deviennent ArcInfo.

Avec le soufflet des difficultés financières dans les médias, la forge où l’éditeur limite les ardeurs des journalistes était de nouveau étouffante.


Rectification: Une correction a été apportée à l'article après publication. Ce n'est pas dix postes, mais quinze qui devaient être supprimés lors du conflit social de 2008.