La piscine du Collège Saint-Michel n'est pas encore un hammam. Mais presque. Si les bains de vapeur n'ont pas encore remplacé l'eau chlorée, la séparation entre hommes et femmes a bien été décrétée un dimanche par mois. L'Association des musulmans de Fribourg loue en effet cette piscine pour que ses membres puissent barboter à l'abri des regards durant quatre heures, en appliquant une séparation des sexes entre adultes. Quant aux enfants, ils peuvent indifféremment accompagner l'un ou l'autre de leur parent.

D'ordinaire réservée aux institutions scolaires et éducatives de la capitale, la piscine de Saint-Michel est également mise à disposition le soir et le week-end pour d'autres groupements. Comme l'a révélé La Liberté, c'est donc depuis une année que les musulmans membres de l'association, mais également ceux de tout le canton, peuvent bénéficier de cette offre.

Grâce aux démarches de leur ancien président, Bernard Läubli, la communauté occupe ainsi les locaux de Saint-Michel pour un montant d'environ 300 francs, lorsque la piscine est d'ordinaire fermée. L'association compterait une quarantaine de membres actifs, mais elle serait également en contact avec des dizaines de familles musulmanes du canton. En majorité, il s'agirait de sunnites arabophones représentant la tradition orthodoxe. Cette branche de l'Islam s'évertue à coller au plus près de la pensée et des actions de Mahomet.

Selon les représentants de l'association, ces baignades séparées entre les sexes permettraient aux femmes de nager sans complexes loin du regard des autres, et de dépasser alors les craintes d'une nudité, même partielle.

Une pratique qui n'était pas inconnue sous nos latitudes. Au siècle passé, aux Bains des Dames de Neuchâtel (LT du 21.01.2004) ou à ceux de la Motta à Fribourg, les hommes et les femmes se baignaient ainsi dans des espaces séparés. A Fribourg, ce fut d'ailleurs un arrêt du Tribunal fédéral qui dut ordonner la mixité en 1942.

Et ce type de baignade pourrait être encore encouragé à l'avenir. Le Club Unesco de Fribourg, fondé en octobre 2002 et présidé par Monika Thiébaud, s'est engagé à promouvoir l'aménagement d'horaires, pour qu'hommes et femmes musulmans puissent nager respectivement à l'abri des unes et des uns. «Nous savons que certaines femmes musulmanes et leurs enfants sont terrés dans leur appartement et qu'elles ne peuvent pas sortir de chez elles. Cette initiative, qui autorise un rendez-vous à l'extérieur dans le respect de leur tradition, permettrait de rompre pendant quelques heures avec cet isolement», explique le secrétaire du mouvement, Jean-Baptiste de Weck.

Pourtant, on peut se demander si ces mesures ne peuvent pas encourager le renforcement d'un communautarisme musulman, ou si elles ne vont tout simplement pas à l'encontre de la simple égalité entre les hommes et les femmes. Autoriser mais également promouvoir les bains séparés, n'est-ce pas limiter les chances d'intégration? Jean-Baptiste de Weck s'en défend. «L'Islam est une grande religion et elle ne me fait pas peur. Mais comme dans toutes les croyances, les extrémistes ont également pignon sur rue. Notre action vise à mieux connaître ces familles et à proposer une solution du moindre mal à des femmes et des enfants reclus. Nous pensons qu'en proposant ce genre d'ouvertures et de rencontres, les habitudes culturelles peuvent évoluer avec le temps. Et permettre à ces femmes d'aller faire du sport, c'est également favoriser la santé publique», indique le secrétaire du Club Unesco.

Cette association fait partie d'un réseau international, qui compte quelques 5000 groupements dans le monde entier. Ses buts sont avant tout de promouvoir la diversité du paysage culturel de Fribourg. «Nous voulons montrer que les différentes communautés qui sont présentes dans le canton nous apportent un enrichissement. Aider à l'intégration, favoriser les échanges et la compréhension mutuelle, voici nos principaux objectifs», conclut Jean-Baptiste de Weck.