Mais qui sont donc les huissiers des conseillers fédéraux, qui trient les lettres des ministres, portent leurs dossiers et mallette et les accompagnent lors des Fêtes fédérales avec un drôle de bicorne sur la tête? Réponse à travers sept portraits. Cette semaine: Markus Walther, rattaché au Département fédéral de justice et police (DFJP).

«Je ne me laisse diriger que par le chef du département, par personne d'autre!» Markus Walther, ex-hôtelier entré au Département fédéral de justice et police le 20 janvier 1997, est un homme plein d'humour. Mais fier aussi. Et qui n'hésite pas à lancer quelques piques à l'encontre des huissiers d'autres départements, l'air de rien.

Travailler pour Christoph Blocher? «C'est sensationnel. C'est quelqu'un qui sait diriger intelligemment: il n'oublie pas qu'il est parti d'en bas avant de gravir les échelons.» Evoquez en revanche le nom de son ancienne cheffe, Ruth Metzler, et il vous regarde de travers. «Je n'ai rien à dire», souligne-t-il, la face impériale. Son premier patron alors, Arnold Koller? Son visage redevient jovial: «c'était un vrai professeur. Il était très peu exigeant envers moi. Il m'est arrivé de le revoir pour boire un café.»

Tous les soirs, Markus Walther raccompagne Christoph Blocher chez lui, en portant sa mallette. Une sorte de rituel, exigé par le conseiller fédéral lui-même. «Et le matin, j'arrive un peu avant lui, pour contrôler son planning, trier le courrier.» Il partage sa loge avec les deux huissiers de Micheline Calmy-Rey, dans l'aile ouest du Palais fédéral. Les trois se trouvent dans une situation privilégiée par rapport à leurs collègues: ils sont les seuls huissiers à pouvoir pénétrer - «mais jamais en même temps!» -, la salle du Conseil fédéral lorsque les sept ministres se réunissent pour leur séance hebdomadaire de mercredi. Car la fameuse salle ne se trouve qu'à quelques pas de leur loge. Les trois huissiers disposent d'ailleurs d'une sorte de tableau de bord: lorsqu'un conseiller fédéral a besoin de quelque chose, un voyant s'allume avec son nom sur l'écran et une alarme retentit. Pour avoir eu l'occasion de l'entendre, elle est particulièrement stridente...

«Je vous disais que je ne travaille que pour un chef, mais en fait il peut m'arriver de travailler aussi pour Madame si mes deux collègues sont occupés. Le contraire est aussi valable», rectifie Markus Walther, en pensant à Micheline Calmy-Rey.

Des anecdotes? «La discrétion est une des qualités premières d'un huissier», glisse le Bernois, l'air malicieux. Rien de croustillant à se mettre sous la dent donc. Puis Markus Walther se rappelle d'une visite qui l'a marqué: celle, surprise, de Christoph Blocher au centre d'enregistrement pour requérants d'asile de Kreuzlingen (TG). «Il y avait une file de requérants et Christoph Blocher s'est discrètement mis dans la queue, un chapeau enfoncé sur le crâne. Le type du guichet ne l'a pas reconnu tout de suite quand il s'est présenté devant lui...» Et puisqu'il s'agit de brasser des souvenirs, l'huissier en évoque un autre: la fois où il est tombé dans les pommes devant près de 400 personnes. La faute au protocole. «J'étais sur cette estrade, avec la longue cape rouge et blanche et le bicorne que nous sortons pour les grandes occasions», se souvient-il en fronçant les sourcils. «Il faisait une chaleur épouvantable, mais je n'avais pas le choix: je devais absolument garder cette cape sur mon uniforme vert...»