Après Genève, Lausanne, Fribourg et Berne, ce serait au tour du Valais d'accueillir la prochaine «Lesbian and Gay Pride» romande en juillet 2001. Pour l'instant il faut employer le conditionnel, car le déroulement de cette manifestation dans le plus catholique des cantons romands ne va pas sans susciter des interrogations, parmi ses partisans eux-mêmes, sur la façon de l'organiser.

Un groupe de Valaisans, approché par les comités d'organisation précédents, a fait une première proposition avant l'été. Devant le scepticisme et les critiques de ces mêmes milieux, les organisateurs pressentis se sont ravisés à fin juin dernier. «Nous avions fait un projet, précise une des responsables, pour une manifestation plus culturelle, avec du cinéma, du théâtre ou des expositions, et moins axée sur les chars bruyants avec de la techno, qui ne font pas vraiment partie de notre culture. Cela a mal passé pour certains, si bien que nous avons retiré notre idée. Actuellement on hésite à poursuivre et nous prendrons une décision d'ici à septembre.»

Car l'affaire est délicate. En Valais, plus que dans tout autre canton romand, on ne peut cacher que l'homosexualité demeure un tabou sensible, d'autant que c'est sur de tels sujets que la morale et la politique se confondent et figent les positions. A l'instar des autres cantons, il existe bien une association cantonale – Alpagai – constituée il y a cinq ans, qui compte environ 150 membres. Elle possède un local à Sion, où elle organise régulièrement des rencontres. Dans le contexte valaisan, ses représentants conservent une grande confidentialité et préfèrent rester anonymes. Parmi ses membres, dans la perspective d'une gay pride en terre valaisanne, les avis sont partagés entre une manifestation plus discrète et une parade classique et haute en couleur.

Le secrétaire romand de Pink Cross, Yves de Matteis, fait un constat similaire: «La vocation de cette manifestation est de tourner dans tous les cantons, même si, à première vue, le Valais n'est pas un endroit prédestiné à l'accueillir. Pourtant elle a bien eu lieu à Fribourg l'année dernière, en terre catholique, et ce fut un test passé avec succès. Cela a ouvert un débat intéressant, relayé notamment par La Liberté, qui a fait un cahier spécial à cette occasion. Par ailleurs, Mgr Genoud est intervenu pour lancer un appel à la tolérance et nous avons même eu un message de Ruth Dreifuss, alors présidente de la Confédération.»

Sur le plan valaisan, il ajoute: «Le but d'une telle manifestation n'est pas de dresser l'opinion contre les homosexuels. Les personnes qui veulent organiser une pride à Sion craignent un effet négatif. Il est vrai qu'il faut l'envisager avec pas mal de précautions. A Fribourg, par exemple, nous avions donné aux personnes participant au défilé le mot d'ordre de ne pas se déguiser en nonne ou en prêtre.»

Pressions latentes

Parmi les organisateurs de la première heure des prides en Suisse romande, le Genevois Philippe Scandolera espère que la manifestation pourra se faire l'année prochaine en Valais: «Contrairement à celle de Zurich, la pride romande est un événement itinérant. C'est vrai qu'en Valais on peut sentir une pression sociale et politique. Mais une pride n'est pas un événement destiné à choquer. Si les gens de Sion décident de la faire, alors chaque association est disposée à venir prêter main-forte. Je lance aussi un appel aux Valaisans qui ont dû s'expatrier pour mieux vivre leur homosexualité à les rejoindre. L'objectif est d'aller parler de l'homosexualité là où le besoin se fait sentir.»

Pour l'instant, à Sion, les autorités ne sont pas encore au courant du projet d'une pride dans leur ville. Mais la vice-présidente de la ville, la socialiste Anne-Christine Bagnoud, voit déjà d'un œil positif la tenue de cette manifestation: «Moi, ça ne me gêne pas du tout. En général, c'est très joyeux et cela se passe toujours très bien. Et entre une parade gay et un défilé militaire, mon choix est fait… Mais je sais que tout le monde ne sera pas de mon avis.» Une façon de dire que le débat est déjà latent.