Maya et Nybia s'aiment depuis dix ans. Les deux femmes vivent leur amour au grand jour et se sentent plutôt bien acceptées par leur entourage. Depuis janvier 2003, les deux infirmières sont copropriétaires de leur petit «chez elles», un appartement qu'elles ont acheté près de Montreux. Passionné de voyages, le couple a derrière lui une longue liste de pays visités. Une histoire d'amour sans histoires? En apparence en tout cas, car l'angoisse ne se donne pas à voir. L'angoisse pour les deux partenaires de ne pas pouvoir décider l'une pour l'autre dans le cas d'une hospitalisation soudaine. L'angoisse de devoir payer des droits de succession faramineux si l'une d'elles devait disparaître avant l'autre. L'angoisse finalement de ne pas pouvoir bénéficier des mêmes droits que les autres couples qui s'aiment et qui leur ressemblent pourtant tellement. Lundi, Maya et Nybia ont témoigné des discriminations juridico-légales dont elles sont les victimes, lors de la présentation de la campagne en faveur de la loi sur le partenariat enregistré entre personnes de même sexe (Lpart), objet qui figure au menu des votations du 5 juin.

Si le texte est accepté, les deux femmes seront légalement responsables l'une de l'autre et devront faire face à une obligation mutuelle d'entretien. Car la loi leur octroie certes des droits, mais aussi des devoirs. Des devoirs et de nouvelles responsabilités que le couple revendique et se réjouit de remplir. En cas d'hospitalisation, les deux femmes pourront ainsi se rendre visite et trancher dans les cas cruciaux. «Maya est la personne qui me connaît le mieux, et je veux qu'elle puisse prendre des décisions me concernant ou relayer mes volontés», a déclaré Nybia.

En cas de oui du peuple, Maya et Nybia seront soumises au régime de séparation des biens. Si l'une d'elles décède, la survivante deviendra l'héritière légale et n'aura pas à payer d'impôt sur la succession, qui peut atteindre 50% dans certains cantons. Elle bénéficiera aussi d'une rente de veuve. Pour la première fois de leur vie, les deux femmes pourront remplir côte à côte leur unique déclaration fiscale. Un vrai plaisir, même si l'imposition des couples est parfois plus élevée que celle des concubins. Maya et Nybia sont aussi prêtes à accepter de ne toucher qu'une rente et demie AVS au lieu de deux. Et la Lpart leur aurait permis d'acheter un logement ensemble, sans devoir passer par la copropriété.

Pas un mariage bis

Si tous ces droits rejoignent ceux des couples mariés, le partenariat enregistré n'est pourtant pas un mariage bis, comme tentent de le faire croire les référendaires qui s'opposent au projet. En signant leur contrat de partenaires devant l'officier d'état civil, Maya et Nybia renonceront au droit d'être parents. La loi leur interdit en effet d'adopter ou de faire appel à la procréation médicalement assistée. Les fiançailles et la cérémonie du «oui» prononcé à l'état civil demeureront aussi deux moments symboliques réservés aux couples hétérosexuels, tout comme la possibilité de prendre le nom de famille du conjoint. Finalement, les partenaires étrangers n'auront pas droit à une naturalisation facilitée, comme c'est le cas pour les couples mariés. Le partenariat entre personnes de même sexe fait l'objet d'une loi séparée qui n'apporte aucune modification au droit matrimonial. Le mariage restera le bastion des hétérosexuels et le partenariat celui des homosexuels, les uns ne pouvant pas prétendre empiéter sur le terrain des autres.

Depuis un demi-siècle

Lundi, Maya et Nybia étaient aussi entourées de Röbi et Ernst, le premier couple d'hommes à s'unir selon la nouvelle loi sur le partenariat enregistré du canton de Zurich. Les deux conjoints âgés de 75 ans ont également plaidé en faveur d'une solution nationale, en insistant sur la portée symbolique d'un cadre légal. «Lorsque l'on nous demandait à l'époque si le partenariat allait changer quelque chose pour nous, nous répondions: probablement pas. Mais très vite, nous nous sommes rendu compte du contraire. Les gens du quartier m'interpellaient pour savoir comment allait mon partenaire. Saluez-le de notre part, disaient-ils. C'était un sentiment nouveau», s'est souvenu avec enthousiasme Röbi Rapp. Et pourtant il partage la vie de son conjoint depuis un demi-siècle. Le couple fêtera en 2006 ses 50 ans de vie commune. C'est en quelque sorte l'année de leurs «noces d'or» et peut-être celle du premier partenariat enregistré national.