Football

Hooliganisme: les chiffres alarmants du foot suisse

En Suisse, la moitié des matchs de football de Super League sont le théâtre de violences. Alors que les cantons veulent intensifier les mesures actuelles pour lutter contre le hooliganisme, Christian Constantin exige l’élaboration d’une loi

En Suisse, la moitié des matchs de Super League sont le théâtre de violences. C’est le sombre bilan de la saison sportive 2018-2019 qui a été présenté vendredi par la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP).

Sans loi applicable pour la violence dans les stades, la Suisse se trouve parmi les mauvais élèves du continent européen en matière de lutte contre le hooliganisme. Ses ultras, bien qu’en petit nombre, ont un fort potentiel de nuisance. Des experts zurichois de la sécurité estiment qu’à chaque match, sur une affluence moyenne de 11 000 spectateurs, 190 présentent un profil à risque. Une minorité qui oblige les clubs de Super League à investir annuellement 20 millions dans la sécurité. Et quand des supporters décident de perturber le spectacle, la note peut être très salée pour les clubs: une amende de 30 000 francs et deux matchs à huis clos pour GC Zurich après le match interrompu contre Lucerne.

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Intensifier les mesures

Face à ces événements qui ont donné une piètre image du football suisse en Europe, Claudius Schäfer, le CEO de la Swiss Football League, insiste sur la nécessité de mieux appliquer les interdictions de stade, les interdictions de périmètre et les obligations pour les supporters à risque de se présenter à la police. Il rappelle que sur les 1500 personnes répertoriées en Suisse, un peu moins de la moitié font l’objet de mesures actives, soit notamment d’interdictions de stade. Mais les hooligans sévissent aussi hors des stades, causant bagarres et dommages à la propriété. Confrontés à des déprédations répétées dans leurs trains, les CFF ont ainsi décidé l’année passée de cesser l’accompagnement des supporters.

Pour vaincre le hooliganisme, les cantons souhaitent développer le dialogue avec les clubs, ainsi que l’a souligné Roger Schneeberger, le secrétaire général de la CCDJP. Dans l’ensemble, la Swiss Football League a suivi les recommandations prodiguées voici quelques jours par la conseillère fédérale Viola Amherd.

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Culture de la discussion

Rien de bien nouveau, mais une intensification des processus d’identification et des sanctions à prendre contre les supporters violents. L'évolution passera par une coopération accrue entre les divers acteurs impliqués et va dans le sens indiqué par Markus Jungo, le directeur de la Plateforme de coopération policière sport (PCPS): «Malgré le fédéralisme qui est un défi dans la lutte contre la violence dans le sport, nous avons réussi à créer une culture de la discussion. Avant, polices et clubs ne se parlaient pas et se bornaient à se rejeter la faute les uns sur les autres.»

Lire l’interview de Markus Jungo: «Markus Jungo: Noyés dans la masse, les hooligans se sentent intouchables»

Plutôt que de tabler sur la répression, les clubs suisses misent sur le good hosting dans leurs stades. Cette méthode consiste à assurer un accueil chaleureux au lieu de procéder à des fouilles complètes. Les contrôles se font de manière aléatoire, de façon à ce que l’ambiance reste conviviale. De toute façon les véritables contrôles se font par vidéosurveillance. Avec l’espoir que les spectateurs à risque soient dissuadés de recourir à la violence. «La répression et les sanctions ne valent pas la prévention et le travail en amont», résume Paul Winiker, conseiller d’Etat lucernois.

Recette de Christian Constantin

Beaucoup de blabla, ironise Christian Constantin, le président du FC Sion, pour lequel «le cadre légal actuel reste largement insuffisant». Il confie au Temps qu’il est favorable à une initiative populaire anti-hooliganisme. Et déplore que les mesures d’interdiction de stade ne soient pas exigées par une loi: «Quand tout est permis, les gens en profitent», lance-t-il. Il préconise donc une loi «à l’anglaise», c’est-à-dire avec une tolérance zéro. En Grande-Bretagne, le Football Disorder Act prévoit par exemple une peine privative de liberté maximale de 10 ans pour une action violente dans l’enceinte d’un stade.

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Une chose est sûre: la lutte contre le hooliganisme a désormais gagné le Palais fédéral. Un postulat déposé par la Commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats encourage ainsi le gouvernement à faire pression sur les cantons, les associations et les clubs. Si ceux-ci ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités, certains élus envisagent même un transfert de compétences à la Confédération en matière de sécurité sportive.

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