Pour les hôpitaux des régions de montagne, la période des Fêtes se résume habituellement à un ballet incessant d’hélicoptères. Aujourd’hui, en pleine deuxième vague de Covid-19, la volonté de garder ouverts les domaines skiables entre Noël et Nouvel An plonge le milieu médical dans l’inconnu. Non seulement à cause de l’apparition de possibles clusters liés à une forte fréquentation des installations de remontées mécaniques et aux brassages de gens dans les stations, mais aussi en vue d’une éventuelle surcharge des hôpitaux à cause des accidents de ski.

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La crainte est légitime. Chaque année, quelque 76 000 adeptes de ski et de snowboard se blessent sur les pistes suisses, selon le chiffre du Bureau de prévention des accidents (BPA). Pourront-ils être absorbés par un système de santé déjà mis sous forte tension par le Covid-19? Ce printemps, lors de la première vague, les appels à la prudence s’étaient ainsi multipliés, demandant aux gens de limiter leur pratique de sports de montagne, afin d’éviter les blessures et d’encombrer les urgences.

Enjeux économiques considérables

Mais avec la saison hivernale qui arrive, les enjeux économiques sont cette fois considérables; selon le quotidien Le Nouvelliste, une fermeture des remontées mécaniques occasionnerait une perte de 650 millions de francs pour le Valais. Un canton dont les hôpitaux seront cependant en première ligne pour accueillir les accidentés des pistes. Contacté, Eric Bonvin, directeur général de l’Hôpital du Valais, se montre prudent: «La décision de laisser ouvertes les stations est du ressort des autorités politiques, ce n’est pas à nous de la commenter.»

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Pour Eric Bonvin, il est particulièrement difficile d’anticiper ce qui prévaudra à la fin du mois de décembre: «Comme depuis le début de la pandémie, le maître-mot est l’incertitude.» Quelle sera la situation épidémiologique à Noël? Quel niveau de saturation dans les différentes unités de soins intensifs du pays? Surtout, quels seront les effets des différentes mesures de restriction sur le nombre final de skieurs, notamment étrangers? «Nous n’avons aujourd’hui aucun élément concret permettant une quelconque planification», regrette encore le directeur général de l’Hôpital du Valais, qui promet néanmoins de «suivre très attentivement l’évolution de la situation». Il se dit prêt le cas échéant à tirer la sonnette d’alarme.

L’inconnue du nombre de cas de covid

Du côté de l’Hôpital intercantonal Riviera-Chablais (HRC), on se déclare serein. «Nous ne voyons pas dans nos statistiques de très grandes différences dans les atteintes traumatiques entre l’été et l’hiver, assure Christophe Schüll, responsable de la communication de l’HRC. Nous n’avons pas de raisons de craindre une surcharge exceptionnelle de nos urgences par les accidents dus aux sports de neige.» La confiance reste mesurée. Une saturation n’est pas à exclure, mais elle dépendra essentiellement du nombre de cas de covid, ou de grippe saisonnière, que l’hôpital aura à traiter. Un nombre qui reste totalement imprévisible.