Depuis quelques semaines, le dernier né des variants du covid, BA.5, a commencé à se répandre en Suisse. La surveillance épidémiologique, qui avait largement reculé depuis ce printemps, jusqu’à devenir presque désuète, a retrouvé toute son actualité. Depuis le 14 juin, l’OFSP recense chaque jour entre 3500 et 4000 nouveaux cas, alors que les infections quotidiennes (confirmées en laboratoire) ne se comptaient que par dizaines au début du mois.

Face à ce rebond épidémique, les hôpitaux romands se remettent à serrer la vis sur la question du masque obligatoire. Mais pas tous avec la même vigueur. Le mercredi 22 juin, l’Hôpital du Valais et le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe) décident de généraliser le port du masque obligatoire dans l’ensemble des zones de soin, «que ce soit pour le personnel médico-soignant en contact avec les patients, les patients en dehors de leur chambre et les visiteurs y compris durant la visite dans la chambre», précise la structure valaisanne.

Le choix de la clarté

Deux jours plus tard, le 24 juin, les HUG et le CHUV emboîtent le pas à leurs collègues neuchâtelois et valaisans. Au CHUV, la règle ne s’applique en revanche que dans des zones bien définies, comme les salles d’attente, les bureaux de consultation et les salles de traitement. «L’obligation s’applique également à nouveau dans les unités du département de psychiatrie, ainsi que dans les consultations ambulatoires en psychiatrie de l’âge avancé», détaille le CHUV. En dehors de ce périmètre, «et à moins qu’ils ne soient atteints par un virus respiratoire», il en va du bon vouloir des collaborateurs et des visiteurs.

Du côté de RHNe – qui a vu tripler son nombre d’hospitalisations liées au covid en une semaine – on ne veut pas s’encombrer du système zonal: «Si les gens n’ont pas besoin du masque à l’arrivée de l’hôpital, mais doivent le mettre lorsqu’ils arrivent en salle d’attente, le message perd en clarté. Nous avons donc considéré qu’il était préférable de le rendre obligatoire partout», explique son communicant.

A l’Hôpital du Jura, la règle vaut pour le personnel médical uniquement lorsqu’il est au contact des patients. «Il n’a plus l’obligation de le porter dans les couloirs ou lors de séances ou de formations, confie son porte-parole. Mais nous adapterons nos pratiques si la situation devait le justifier.» Quant aux visiteurs, le port du masque n’en reste qu’au stade de la recommandation. Idem pour tous les cinq sites de l’Hôpital fribourgeois (HFR), où en dehors des chambres, «autant pour les visiteurs dès 12 ans que pour le personnel médico-soignant», le port du masque n’est pas généralisé.

Evaluation de la pression hospitalière

A l’heure du bilan critique de la Confédération dans sa gestion de la pandémie, ces nouvelles disparités entre hôpitaux relancent le débat de l’uniformité des mesures. Vice-présidente de la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS), Rebecca Ruiz explique que les conditions ne sont actuellement pas remplies «pour que la CDS juge que la pression hospitalière soit inabsorbable», et donc qu’il ne sera pour l’heure pas demandé à la Confédération de dispenser les cantons de leurs responsabilités.

La socialiste rappelle aussi que les faîtières Swissnoso (responsable de l’hygiène hospitalière) et la FMH (Fédération des médecins suisses) recommandent le port du masque obligatoire et généralisé dans les hôpitaux, mais que cela ne fait pas force de loi pour le moment. «En revanche, si la situation épidémique s’aggrave, la CDS plaidera pour que la Confédération reprenne la main aux cantons.»

Ministre jurassien de l’Economie et de la Santé, Jacques Gerber n’est «pas surpris» de voir de telles divergences entre les hôpitaux. «Même si c’est en période de crise qu’on a découvert à portes ouvertes ce qu’était le fédéralisme, je ne vois pas en quoi l’organisation différenciée de ces institutions par rapport au port du masque soit problématique. Il ne s’agit même pas de l’échelle cantonale, et chacune fait face à une situation spécifique. Donc à moins que le taux d’hospitalisation n’explose et devienne pire que ce qu’on a connu ces deux dernières années à la même période, il n’y a pas de raison pour le Conseil fédéral de reprendre la main.» A titre personnel, l’élu se dit tout de même «inquiet» de l’évolution de la situation, et veut inviter ses collègues «à préparer une harmonisation des mesures si le nombre de cas devait dégénérer.»