Santé

Les hôpitaux suisses, ces grands malades

Les hôpitaux suisses affichent des marges trop basses pour assurer leur avenir à long terme, affirme une étude. A Neuchâtel, le RHNe va un peu mieux grâce à l’aide du canton

Depuis huit ans désormais, en fin d’année, le consultant PwC publie son étude sur la santé financière des hôpitaux. Et celle-ci n’est guère rassurante. Un quart des hôpitaux ont une marge (Ebitdar) inférieure à 5%. Seulement sept hôpitaux sur 44 affichent la marge de 10% jugée nécessaire pour pouvoir financer les investissements de manière autonome à long terme.

Pour sa dernière étude, PwC a choisi 44 hôpitaux de soins aigus dans toute la Suisse, dont il a analysé l’évolution des comptes de 2007 à 2018. Parmi eux figurent, pour ce qui est de la Suisse romande, les réseaux hospitaliers de Neuchâtel, de Fribourg, du Valais et du Jura, de même que l’Hôpital Riviera-Chablais. L’étude peut être considérée comme représentative, puisque ces institutions réalisent ensemble un chiffre d’affaires de 18 milliards de francs, soit 72% de l’ensemble des hôpitaux de soins aigus.

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Des marges trop basses

La marge Ebitdar – toutes les recettes d’une entreprise dont on déduit les dépenses d’exploitation mais pas les intérêts, les impôts et les amortissements – doit être relativisée dans la mesure où chaque hôpital la calcule à sa manière. Cependant, de manière générale, la branche admet qu’un hôpital doit atteindre un seuil de 10% pour réaliser les investissements nécessaires lui assurant un avenir pérenne. Or, 37 hôpitaux sur 44 n’y parviennent pas. «C’est dire qu’ils ne sont pas assez rentables pour demeurer compétitifs dans les cinq à dix prochaines années», déclare Philip Sommer, l’un des auteurs de l’étude.

Autre indicateur inquiétant: le ratio des fonds propres diminue régulièrement depuis des années, soit de 49% en 2014 à 43% en 2018. Environ 10% des hôpitaux ont un ratio inférieur à 15%. «Dès lors, il suffit d’un seul très mauvais résultat annuel pour engloutir le capital, ce qui entraînerait soit sa faillite ou son assainissement par son propriétaire, par exemple le canton», relève encore Philip Sommer.

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«Les conclusions de l’étude ne font que corroborer ce que nous disons depuis longtemps», commente Pierre-François Cuénoud, le nouveau président du conseil d’administration du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). «Les hôpitaux se font peu à peu étouffer par le système de financement des prestations.» D’une part, les forfaits DRG ne tiennent qu’insuffisamment compte des investissements à réaliser. D’autre part, la rémunération des prestations ambulatoires est trop basse. Dans le canton de Neuchâtel, RHNe ne touche que 91 centimes pour une prestation qui lui coûte 1 fr. 48. «Nous espérons qu’une nouvelle structure tarifaire puisse succéder au Tarmed, qui nous soit plus favorable, mais la marge de négociation avec les assureurs est faible», estime Pierre-François Cuénoud.

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Un léger mieux pour l’Hôpital neuchâtelois

Cela dit, l’état de santé du RHNe, très précaire depuis longtemps, a plutôt tendance à s’améliorer grâce aux coups de pouce du canton. Lors de la création de la nouvelle entité en novembre dernier, le canton a repris à son compte 200 millions de dettes et lui a accordé une subvention unique de 32 millions. «Grâce à des mesures de rationalisation dans l’exploitation et à une hausse de l’activité dans les secteurs ambulatoire comme stationnaire, nous devrions clôturer l’année 2019 à l’équilibre», se réjouit le président.

Mais l’institution ne connaîtra aucun répit. Elle devra abaisser les prestations d’intérêt général (PIG) qu’elle touche du canton de 15 millions jusqu’en 2026 tout en garantissant une prise en charge médico-chirurgicale 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur les deux sites de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds, conformément à la volonté populaire.

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Pour les hôpitaux suisses, l’avenir est à la collaboration supracantonale, affirme le consultat PwC. A cet égard, «le regroupement de l’Hôpital Riviera-Chablais sur un seul site à Rennaz est un exemple à suivre, mais le potentiel de gain d’efficience reste considérable», conclut Philip Sommer.

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