La situation semble se stabiliser sur le front du coronavirus. Deux semaines après l’introduction d’un confinement partiel de la population interdisant tous les regroupements de plus de cinq personnes, Daniel Koch tient des propos plus rassurants qu’alarmants. «La progression exponentielle des nouveaux cas s’est ralentie», a déclaré ce lundi le chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

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Celui-ci recense désormais 15 500 cas et 300 morts. Autre indicateur intéressant: 285 patients sont actuellement sous respirateur artificiel, un chiffre en légère hausse seulement ces derniers jours. «C’est un premier signe que les mesures prises par le Conseil fédéral sont efficaces», a encore commenté Daniel Koch, qui s’appuie aussi sur un sondage indiquant que la majorité des gens ont bien intégré les nouvelles règles d'hygiène à respecter.

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La stratégie du GHOL à Nyon

Corollaire de ce message qui passe: tous les hôpitaux, y compris au Tessin, ont encore des capacités d’accueil dans leurs unités de soins intensifs. Tous ont pris leurs dispositions pour affronter le sommet de la vague. A titre d'exemple, le directeur du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL), Daniel Walch, a détaillé sa stratégie. «Nous sommes prêts. Personne ne peut dire si nous serons débordés, mais nous aurons vraiment tout mis en œuvre pour éviter le scénario du pire», confie-t-il.

Même s'il n'est pas universitaire, le GHOL figure parmi les plus importantes structures hospitalières du canton de Vaud. Un budget annuel de 115 millions pour 1000 collaborateurs qui accueillent chaque année 8000 patients. Depuis l’irruption du coronavirus, il a complètement changé de visage, tant l’état-major de crise créé dans l’urgence a réassigné les missions des divers services.

Dans cet état de mobilisation générale, tous les regards sont braqués sur l’évolution des courbes de nouveaux cas en Italie et au Tessin. «Ces derniers temps, nous avons constaté une croissance de plus de 20% des cas par jour, ce qui ressemble à ce qui s’est passé au sud des Alpes avec un retard de deux à trois semaines environ», note Daniel Walch.

Le nombre de lits de soins intensifs doublé

Comme il couvre un bassin de population de 100 000 personnes, le GHOL s’attend dès lors à devoir faire face à une vague de 300 cas au pic de l’épidémie. Sur ce nombre, quelque 50 à 60 patients devront être hospitalisés, dont 15 à 20 placés en réanimation.

C’est désormais la grande question. Le GHOL aura-t-il pour ces derniers suffisamment de lits de soins intensifs? Voilà encore un mois, il aurait été rapidement débordé. Mais après les efforts de réorganisation et le report de toutes les opérations électives, il a plus que doublé la capacité d’accueil, la faisant passer de 7 à au maximum 16 lits, tous équipés d’un respirateur artificiel.

Ces derniers jours, à Nyon comme ailleurs en Suisse, la croissance des nouveaux cas s’est modérée. Le week-end dernier, le GHOL n’a pas enregistré de nouveau patient devant être placé sous respirateur, une bonne surprise. C’est dire que la grande vague ne devrait pas atteindre l’Arc lémanique le jeudi 2 avril comme l’a prédit l’EPFZ dans ses simulations, mais plutôt une semaine plus tard. «Nous nous attendons à vivre un très mauvais week-end de Pâques», craint le corps médical.

4% des soignants en quarantaine

Autre question cruciale: le nombre des collaborateurs qui seront sur le pont pour amortir le choc. Ce dimanche, 36 collaborateurs, soit 4% de l’effectif, manquaient à l’appel, car devant respecter une période de quarantaine. Daniel Walch estime possible que ce taux grimpe à 15, voire 20% comme en Italie. C’est dire que l’hôpital devra fonctionner en «mode dégradé», avec des conditions de travail qui risquent de se péjorer pour le personnel soignant. Si un ou une infirmière pouvait s’occuper d’un lit de soins intensifs, il n’y en aura peut-être plus que deux pour trois lits dans un avenir très proche.

Tel est désormais l’énorme défi à relever. Sur le plan du matériel sanitaire, les nouvelles sont plutôt rassurantes. Pas de pénurie en vue à court terme: vendredi dernier, le GHOL a reçu, via l’armée qui gère les stocks, trois respirateurs de l’entreprise grisonne Hamilton. Concernant les masques – un gros sujet de préoccupation en ce début de crise –, il dispose d’une réserve de deux semaines, cela aussi grâce à l’aide de l’économie privée. Rolex a fourni des masques et Firmenich des solutions hydroalcooliques. «Aujourd’hui, notre inquiétude se porte davantage sur les produits anesthésiants, où un début de pénurie se fait sentir», relève encore Daniel Walch.

Pour le moment, le scénario du pire semble s'éloigner. Chaque jour au GHOL, entre un et trois patients peuvent rentrer chez eux.