Les présidents et directeurs des sept principaux établissements hospitaliers valaisans lèvent ensemble la matze contre le Département de la santé. C'est une première. Jusqu'ici, les établissements valaisans étaient divisés en deux camps. D'un côté Martigny, Sion et Viège; de l'autre, Sierre et Brigue. Cette fois-ci, ils se sont mis d'accord, avec en plus la Clinique Saint-Amé et l'Hôpital du Chablais.

«Nous regrettons, est-il dit dans une lettre envoyée le 31 janvier à la présidence du gouvernement, que depuis un certain temps, le travail avec le Département de la santé devient de plus en plus difficile et conflictuel. Nous devons faire face au manque de confiance, aux tracasseries administratives, à la rétention d'informations, aux critiques dirigées vers l'ensemble des hôpitaux et en particulier vers leurs dirigeants qui en assument la responsabilité finale.» Et les auteurs de demander une réunion extraordinaire avec une délégation du Conseil d'Etat.

Cette fronde intervient après que le Groupement des établissements hospitaliers valaisans a réussi à résoudre plusieurs situations délicates avec succès. Parmi des réussites: un accord avec les syndicats pour le personnel infirmier, un nouveau statut pour les médecins-assistants, un accord avec les médecins-chefs et enfin tout récemment une nouvelle Convention d'hospitalisation avec les assureurs pour l'année 2001. La signature de cette dernière convention a toutefois causé quelque irritation du côté du Département, car elle ne bénéficiait qu'aux cas stationnaires de soins aigus, dans le sens de la LAMal, et laissait de côté la psychiatrie, la gériatrie ou encore les soins ambulatoires.

Parmi les directeurs d'hôpitaux qui ont signé la lettre, aucun ne veut jouer les premiers rôles, chacun s'abritant derrière une position commune. Leur point de vue apparaît cependant clair: «Ce n'est pas possible de continuer ainsi, note l'un d'entre eux. Chaque établissement a son lot de tracasseries qui crée un climat peu propice au travail. Cette lettre est un appel au secours au Conseil d'Etat. On ne veut la peau de personne, mais simplement recréer un climat positif.»

Cela dit, les directeurs d'établissements ont la désagréable impression que le chef du Service de la santé publique, le médecin cantonal Georges Dupuis, les monte les uns contre les autres, ou qu'il adopte un double langage, en bref que sa politique est en partie responsable du climat délétère qui règne aujourd'hui. Le principal intéressé estimait vendredi qu'il n'a pas à se prononcer aujourd'hui sur un courrier qui ne lui est pas directement destiné, mais il précise sa position: «Je me suis toujours exprimé sur les véritables enjeux de la politique de la santé. Aujourd'hui, que ce soit en Valais ou en Suisse, on traverse des turbulences importantes; nous sommes à un tournant. Dans ce contexte il faut privilégier la concertation et le dialogue. Je pense par conséquent qu'il faut organiser une réunion, et faire le tour des problèmes.»

Le chef du Département, le socialiste Thomas Burgener, ne peut s'empêcher de sentir là derrière une atmosphère de campagne électorale: «Il est vrai cependant que, depuis un certain temps, nos relations avec les hôpitaux se sont détériorées. Nous avons un contentieux dans le domaine de l'informatique: nous demandons que le système des hôpitaux soit compatible avec celui de l'Etat, et certains directeurs n'ont pas la volonté d'instaurer toute la transparence souhaitée. Nous devons déplorer aussi des tentatives de tricherie dans les comptes de quelques hôpitaux, afin de faire grossir la facture prise en charge par l'Etat. Dans ce contexte, nous ne faisons pas de tracasseries administratives, nous défendons simplement le droit et l'intérêt des contribuables. Le Conseil d'Etat a d'ailleurs décidé que les comptes et la comptabilité analytique de tous les hôpitaux feront l'objet d'un examen par l'Inspectorat des finances. Nous pensons qu'il faut faire de l'ordre sur le plan administratif, et cela crée forcément des tensions.»

En réponse à la demande des signataires de la lettre, Thomas Burgener précise que ce n'est pas seulement une délégation, mais tout le Conseil d'Etat qui devrait rencontrer bientôt les directeurs et les présidents d'établissements. La paix, sanitaire et politique, est à ce prix.