«L'Hospice général, compte tenu de sa situation financière précaire, a besoin d'être présidé par une personnalité rassembleuse, dont l'intégrité et les compétences soient au-dessus de tout soupçon.» Dans un communiqué diffusé vendredi, le Parti libéral genevois met Claude Torracinta, président du conseil d'administration de l'Hospice général, en demeure de s'expliquer. Traduit en termes moins diplomatiques, les libéraux demandent sa démission.

Cette dramatisation du dossier n'intervient pas par hasard. Vendredi en fin d'après-midi, les conseillers d'Etat Pierre-François Unger et Martine Brunschwig Graf rencontraient le conseil d'administration de l'Hospice pour l'informer de mesures relatives à «la gouvernance, la gestion financière et le contrôle de l'institution». La rencontre s'est déroulée à l'Hôtel de Ville dans un climat jugé tendu. Mais à l'issue de la séance, black-out de l'information. Le Conseil d'Etat ne communiquera ses décisions que lundi. Vendredi, la rumeur laissait entendre que les deux magistrats auraient aussi invité Claude Torracinta à quitter sa fonction de président du conseil d'administration. «Un fusible», diront certains.

L'intervention du gouvernement dans ce dossier explosif est perçue par certains comme une mise sous tutelle de l'établissement public autonome chargé de l'aide sociale. L'exécutif cantonal aurait l'intention de mettre la main sur les finances de l'institution, de mettre en place des tableaux de bord mensuels.

L'événement déclencheur est connu. La semaine dernière, l'Hospice a annoncé que ses comptes 2004 affichent un déficit de 46,4 millions de francs. La nouvelle a produit l'effet d'une bombe à un moment où les finances cantonales sont aux abois. Mais aussi à quelques semaines d'une votation cantonale où les Genevois devront se prononcer sur un transfert de charges de 44 millions de l'Etat vers les communes en matière de prestations complémentaires AVS/AI.

Montant aux barricades, les libéraux tiennent des propos très durs sur la gestion de l'institution d'aide sociale: «Le Parti libéral genevois déplore le peu de sérieux avec lequel l'Hospice général a mené ses affaires au cours des dernières années, conduisant à un gaspillage évident des deniers publics.» Dans cette optique, leur président, Olivier Jornot, annonce déjà le dépôt d'un projet de loi pour réformer les institutions parapubliques. «Les conseils d'administration de ces institutions ne sont pas outillés pour exercer leur tâche de pilotage. D'autant que ces instances sont politisées et que l'étiquette partisane compte davantage que la compétence», souligne-t-il. En substance, le projet de loi visera d'une part à réduire sensiblement le nombre d'administrateurs, d'autre part à supprimer la représentation automatique des partis politiques. Le seul critère de nomination des membres des différents conseils d'administration sera celui de la compétence.

Politiquement, l'affaire de l'Hospice général promet de rebondir en pleine année électorale. Depuis quelque temps, l'institution n'a pas été épargnée par les scandales. Après la mise à l'écart de l'ancien directeur, Robert Cuénod, c'est le psychodrame autour de la nomination avortée de Karine Belinazzo Spahni qui a défrayé la chronique. Aujourd'hui, rare zone de lumière dans ce sombre tableau: le nouveau directeur, Bertrand Levrat, entré en fonction au début septembre 2004, bénéficie de la confiance d'une forte majorité.