Environnement

Hostile aujourd'hui, le Rhône va devenir un lieu de vie

Dans le cadre de la troisième correction du Rhône, les cantons du Valais et de Vaud lancent un concours international qui permettra de définir les contours du fleuve, de Gletsch au lac Léman. Des espaces publics seront aménagés pour que la population puisse s'approprier les lieux

Les autorités valaisannes et vaudoises veulent rendre le Rhône à la population et faire de ses berges un véritable lieu de vie. Dans le cadre des travaux de la troisième correction du fleuve, elles lancent un concours international destiné à définir un aménagement d'ensemble des espaces publics.

«Aujourd'hui, nous intégrons l'humain dans ce projet pharaonique, très technique», se félicite Jacqueline de Quattro, cheffe du département vaudois du territoire et de l'environnement. Cette démarche doit permettre de poser une ligne directrice et d'avoir ainsi une vision cohérente de ces espaces publics tout au long du fleuve. «Nous souhaitons éviter une mosaïque de projets», souligne Jacqueline de Quattro.

Sans ce concours unique pour les 160 kilomètres que compte le Rhône entre Gletsch et le lac Léman, des questions similaires apparaitraient lors des aménagements de chaque secteur. Il est donc intéressant de travailler à un niveau global, pour imaginer à quoi ressembleront les berges du Rhône. Mais cela ne se fera pas au détriment de la diversité. «Les spécificités locales seront à chaque fois prises en compte», précise Jacques Melly, le chef du département valaisan de la mobilité, du territoire et de l'environnement.

Un triple objectif

La troisième correction du Rhône doit permettre de protéger la population et les biens contre les crues du fleuve. Elle répond à un triple objectif, lié à la sécurité, à l'environnement et aux aspects sociaux-économiques. C'est ce dernier point qui intéresse aujourd'hui les autorités. Sur le plan économique, Tony Arborino, chef de l'office valaisan de la construction du Rhône, cite l'exemple de la Lonza à Viège. «Sans la sécurisation du fleuve, le groupe chimique n'aurait peut-être pas choisi le Haut-Valais pour se développer et investir un milliard de francs», explique-t-il.

Afin d'imager l'aspect social, Tony Arborino n'hésite pas à citer l'exemple du Rhône au cœur de Lyon: «Tout l'intérieur de la digue est aménagé et la population s'est approprié cet espace. Nous imaginons un travail similaire à Sion par exemple.» Mais la majorité des aménagements se feront en dehors des villes. La route des berges sera-t-elle goudronnée? Des places de pique-nique seront-elles aménagées? Autant de questions qui trouveront des réponses au travers du concours international lancé vendredi passé.

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Une enveloppe de 3,4 milliards

Pour l'heure, une trentaine de bureaux d'architectes ont téléchargé le règlement du concours, dont le vainqueur sera connu en décembre 2019. Le coût de l'aménagement de ces espaces publics n'est pas encore connu. Il dépendra du projet retenu. Jacques Melly assure toutefois qu'il «n'y aura pas de surcoûts liés à ces aménagements». L'enveloppe globale de la troisième correction du Rhône restera de 3,4 milliards de francs.

Le projet retenu participera à la modification du paysage de la plaine du Rhône, qui découlera de la troisième correction du fleuve. Pour Jacqueline de Quattro, c'est aussi une page de l'histoire des cantons de Vaud et du Valais qui se joue. «Pour une fois, au lieu de prendre quelque chose à la nature, on le lui rend», insiste-t-elle. La conseillère d'Etat vaudoise n'hésite pas à comparer cet ouvrage à la construction des barrages ou autres tunnels et viaducs réalisés par les générations précédentes. Elle est persuadée que «ce projet influencera la manière dont les gens vivent ensemble».

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