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Le sénateur Pirmin Bischof (à droite), en discussion avec son collègue socialiste Paul Rechsteiner. (Keystone)
© Keystone /Alessandro Della Valle

Vente en ligne

Les hôteliers suisses remportent une manche contre Booking.com

Le Conseil des Etats adopte une motion qui veut autoriser les hôtels à proposer des tarifs plus bas que sur les plateformes de réservation

Les hôteliers suisses doivent-ils être autorisés à proposer des tarifs inférieurs à ceux qui sont offerts sur les plateformes de réservation en ligne, en particulier Booking.com? A cette question, plusieurs pays comme l’Allemagne, la France ou l’Autriche ont déjà répondu par l’affirmative. Et la Suisse? Elle pourrait suivre. La Commission fédérale de la concurrence (Comco) n’a pas tranché cette question, mais les milieux hôteliers se battent depuis des mois pour que tel soit le cas.

Lundi, le Conseil des Etats a approuvé par 34 voix contre 5 et 4 abstentions une motion du démocrate-chrétien soleurois Pirmin Bischof. Celui-ci demande au Conseil fédéral de libérer les propriétaires d’hôtel de l’interdiction de proposer sur leur propre site Internet des tarifs plus avantageux que sur les plateformes en ligne. Cela vise en premier lieu Booking.com, dont «nous reconnaissons l’importance», tient à souligner Pirmin Bischof.

Selon une enquête de l’Institut de tourisme de Sierre de la HES de Suisse occidentale, la part de marché de Booking.com sur les réservations en ligne s’élevait à 73,3% en 2016, contre 11,9% pour Expedia et 7,8% pour Hotel Reservation Service (HRS). Et ce marché est en croissance constante. 27,3% des nuitées ont été commandées en ligne en 2016 contre 20,6% en 2015. Les auteurs de l’étude pronostiquent une part de 50% en 2020.

Un milliard de francs

Selon la HES, les trois principaux acteurs ont dégagé un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de francs en 2016 et les commissions qu’ils perçoivent auprès des hôtels ont atteint quelque 150 millions de francs. Mais elles varient fortement d’un établissement à l’autre en fonction du type de clientèle. Le marché est donc attractif et explique le bras-de-fer que se livrent les sociétés de réservation en ligne et la branche du tourisme.

La Comco a certes pris une première décision en automne 2015. Mais celle-ci ne concerne que la concurrence entre les plateformes de réservation elles-mêmes. Les hôteliers n’ont désormais plus l’obligation de garantir les mêmes prix sur tous les sites de commande en ligne. Mais cette décision ne règle pas l’interdiction faite aux hôteliers de proposer directement des tarifs plus bas.

«Lex Booking»

L’association faîtière hotelleriesuisse est à la manoeuvre pour obtenir une «lex Booking». Dans un courrier adressé aux membres du Conseil des Etats, que Le Temps a pu consulter, elle s’érige contre ce «handicap concurrentiel supplémentaire» dont souffre le tourisme suisse par rapport à ses concurrents. Elle cite une étude d’Avenir Suisse, qui constate que «la domination du marché des plateformes de réservation va éroder des marges déjà faibles».

Hotelleriesuisse produit également les résultats d’une enquête menée en Allemagne après que la branche de l’hébergement a été autorisée en 2016 à proposer des prix plus bas sur ses propres pages Internet. «Cette enquête montre qu’un tiers des hôteliers allemands ont proposé des prix plus bas alors que le nombre de chambres disponibles proposées sur les plateformes en ligne a augmenté», résume Christophe Hans, responsable de la politique économique chez hotelleriesuisse. Il en conclut que l’abandon du lien contraignant entre les agences numériques et les hôtels sera bénéfique pour la clientèle et le tourisme.

Booking affirme de son côté que le changement de pratique profiterait davantage aux établissements de luxe et aux grandes chaînes qu’aux structures plus petites. Hotelleriesuisse prétend le contraire, car les petits et moyens établissements représentent 75% du parc hôtelier. Booking a aussi affirmé que cela favoriserait les «passagers clandestins», surnom donné aux personnes qui consultent sa plateforme avant d’aller directement réserver sur le site d’un hôtel. Prenant la défense du portail en ligne et opposé à une «lex Booking» qu’il juge lourde et inefficace, Ruedi Noser (PLR/ZH) estime que si les hôtels sont prêts à payer des commissions élevées, c’est qu’ils y trouvent leur compte. Il n’a pas été entendu. Le Conseil national doit encore se prononcer, mais «je vous présenterai un rapport», promet d’ores et déjà le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann.

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