Grippe

Les HUG prêts à sanctionner les réfractaires au vaccin ou au masque

Les Hôpitaux universitaires de Genève pourraient prendre des mesures administratives contre les soignants qui font de la résistance. De quoi relancer le débat entre sécurité des patients et liberté individuelle

Les hôpitaux peuvent-ils contraindre leur personnel à res­pecter des règles en matière de prévention? Chaque année, à l’approche de l’épidémie de grippe saisonnière, le débat opposant sécurité des patients et liberté individuelle des soignants rebondit. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui imposent depuis trois ans à leurs collaborateurs de choisir entre le vaccin ou le port du masque dans les lieux de soins durant toute la durée de l’épidémie, soit douze semaines environ, ont décidé de durcir le ton. Désormais, les médecins et soignants qui ne respecteraient pas ces consignes pourraient être exposés à des sanctions administratives.

Pourquoi ce durcissement? Car la grippe peut avoir «des conséquences dramatiques» sur les patients fragilisés, tels que les personnes âgées, les jeunes enfants, les malades cardiaques ou respiratoires, relève le professeur Didier Pittet, responsable du Service de prévention des infections aux HUG. «Certains patients, qui se rendent à l’hôpital pour des problèmes mécaniques, peuvent développer des complications sévères.»

Or, malgré les efforts de prévention déployés depuis vingt ans par les HUG, la large mise à disposition et la gratuité du vaccin, le taux de personnel vacciné ne dépasse pas les 26 à 30%, comme en règle générale dans l’ensemble de la Suisse. Seule exception: lors de la pandémie de grippe A(H1N1) en 2009 – 50% des employés avaient accepté cette mesure. Un taux redescendu aux alentours des 30% l’année suivante. Parmi les motifs invoqués pour ne pas se faire vacciner figure «la perception fausse, écrit l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dans son bulletin mensuel, que la grippe est une maladie bénigne ne justifiant pas d’efforts particuliers».

Raison pour laquelle les HUG ont entrepris, pour la première fois en Suisse, de documenter la réalité de la grippe intra-hospitalière. Entre janvier et avril 2012, les patients présentant des symptômes grippaux ont été identifiés au sein de l’hôpital. Sur les 150 cas de grippe saisonnière diagnostiqués, 79 patients ont développé les symptômes de la maladie après plus de 72 heures d’hospitalisation, soit au sein de l’établissement. Enfin, si la moitié de ces malades ont présenté des complications, ces dernières se sont avérées «sévères» dans 8,5% des cas.

Les contraintes imposées par l’institution – vaccin ou masque et port d’un badge indiquant la variante choisie – ne heurtent-elles pas la liberté individuelle du personnel? Ce n’est pas l’avis de Didier Pittet, qui précise que dans certains pays, comme les Etats-Unis, la vaccination de la grippe est obligatoire pour les soignants. «En Suisse, on oublie trop souvent qu’il faut passer d’une éthique individuelle à une éthique collective», ajoute le spécialiste, selon lequel le pays affiche un taux très élevé, en comparaison internationale, d’individus opposés à la vaccination en général. A noter, enfin, que les médecins exerçant aux HUG sont plus nombreux (de l’ordre de 50%) à se faire vacciner contre la grippe que les infirmiers (25 à 27%).

Du côté du personnel des HUG, certains déplorent toutefois une très forte pression exercée sur les employés. «Dans une certaine mesure, note le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT), ces incitations peuvent constituer une atteinte à l’intégrité personnelle, ce que le SIT déplore fortement.» Ceci dit, relève Daniela Neves, infirmière et représentante du personnel au conseil d’administration des HUG, «si le choix de se faire vacciner ou pas reste un choix individuel, il nous semble évident que tant les patients que le personnel doivent être protégés par des mesures opportunes. En ce sens, le port du masque n’est pas contesté.»

Pour sa part, Jacques de Haller, le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), approuve la stratégie mise en place par les HUG. «Il est évidemment désagréable du point de vue personnel de porter un badge ou un masque. Mais une institution soignante ne peut pas se permettre de ne pas prendre toutes les précautions afin de protéger ses patients. Evidemment, le mieux serait encore de convaincre de la nécessité de ces mesures sans les imposer, mais pour cela, il faut se lever tôt.»

«Un hôpital ne peut pas se permettre de ne pas prendre toutes les précautions pour protéger ses patients»

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