Justice

Huit condamnations et deux expulsions dans le procès des fidèles d’An’Nur

Huit des dix prévenus qui ont comparu début octobre pour une agression survenue dans la mosquée à Winterthour ont écopé de peines de prison avec sursis et d’amendes

La cour du tribunal du district de Winterthour a rendu son verdict dans le procès de dix membres de la mosquée An’Nur. Il y a bien eu séquestration, coups et contrainte il y a deux ans entre les murs de ce lieu de culte. Le juge reconnaît la culpabilité de huit des dix prévenus qui ont comparu début octobre.

Lorsque cette agression est survenue il y a deux ans, la tension était à son comble à Winterthour. La mosquée An’Nur, connue comme un lieu de rencontre de la scène salafiste locale, était pointée du doigt pour son rôle supposé dans la radicalisation de plusieurs de ses jeunes fidèles. Certains d’entre eux étaient partis rejoindre des groupes de combattants terroristes en Syrie, ou avaient tenté de le faire. Depuis, ce lieu de culte a été fermé et l’association musulmane qui en avait la responsabilité s’est dissoute.

Agression en novembre 2016

Ce contexte sulfureux n’est apparu qu’en toile de fond du procès début octobre, qui portait sur une agression survenue le 22 novembre 2016. Plusieurs hommes avaient retenu deux fidèles prisonniers avant de les frapper et de les menacer de mort. Ils les accusaient d’avoir orchestré la fuite d’informations compromettantes: le contenu du prêche haineux d’un imam éthiopien, qui avait appelé au meurtre des musulmans non pratiquants.

Depuis, le jeune prédicateur a été reconnu coupable d’incitation au crime ou à la violence, de représentations de la violence et d’activité rémunérée sans autorisation et condamné à 18 mois de détention avec sursis, ainsi qu’à une expulsion de 10 ans.

La cour plus conciliante que le Ministère public

Mardi, le tribunal de district de Winterthour a prononcé des peines d’emprisonnement avec sursis allant de 6 à 18 mois et des amendes contre les huit agresseurs d’An’Nur en fonction de l’implication de chacun dans les événements de novembre 2016, ainsi que des renvois du territoire de 7 ans pour deux des prévenus, un Macédonien et un Afghan.

Deux accusés ont été acquittés, dont l’ancien président de la mosquée, un Tunisien de 49 ans. Quant à l’ancien imam de la mosquée de Winterthour, un islamiste libyen qui avait combattu contre le régime du colonel Kadhafi, il a été condamné à 180 jours-amendes avec sursis. Mais il ne sera pas expulsé car son dossier relève d’un cas de rigueur – sa famille est établie en Suisse et sa responsabilité est plus légère dans les faits reprochés, a expliqué le juge.

Le Ministère public réclamait des peines deux fois plus sévères: de 30 à 36 mois, avec des sursis partiels, ainsi que l’expulsion pour 10 ans des prévenus étrangers. La cour s’est montrée plus conciliante, notamment en raison du jeune âge des agresseurs et de leurs casiers vierges. Elle a estimé en outre qu’ils avaient été désavantagés par une «campagne» contre eux dans les médias avant même leur procès.

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