«Votre «nouvel hymne» nous ne le voulons pas, nous ne le chanterons pas et, s’il le faut, nous vous le ferons comprendre dans les quatre langues nationales», déclare le Genevois Murat Julian Alder sur sa page Facebook. Cet avocat et député PLR au Grand Conseil genevois fait partie des politiciens qui refusent que l’on touche à l’hymne national.

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Changer les paroles du Cantique suisse? Le Genevois rejette tout à la fois l’intention, la méthode et le résultat obtenu, «du bla-bla sans profondeur où rien ne peut faire vibrer le cœur des Suisses». Le peuple n’a rien demandé et le parlement serait bien inspiré d’arrêter le processus en cours, précise l’élu. Une demande que le PDC valaisan Yannick Buttet et divers élus UDC ont déjà relayée sous la Coupole.

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D’autres politiciens en revanche sont favorables à la mise au goût du jour du chant patriotique en vigueur, qui n’est officiel que depuis 1961. Les anciennes conseillères fédérales Ruth Dreifuss et Eveline Widmer-Schlumpf sont du nombre. Des ministres cantonaux comme Antonio Hodgers et Jacqueline de Quattro acquiescent aussi.

Concours lancé en 2014

L’heure est grave si la question de l’hymne national divise, mais au fond qu’en est-il? C’est de sa propre initiative que la Société suisse d’utilité publique (SSUP) a lancé en 2014 un concours pour renouveler le chant.

La SSUP? Fondée en 1810, elle promeut des activités bénévoles d’intérêt général, a joué un rôle moteur dans la création de Pro Senectute ou Pro Juventute et administre la prairie du Grütli. Jean-Daniel Gerber, qui la préside après avoir dirigé l’Office fédéral des migrations puis le Secrétariat d’Etat à l’économie, a joué un rôle moteur dans cette démarche.

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208 propositions

Le problème de l’hymne actuel, c’est son texte, selon ses détracteurs. Proche de la prière, le Cantique suisse identifie l’amour de la patrie et l’amour de Dieu. Ce faisant, il exclut les 25% de Suisses qui se déclarent sans religion, alors qu’il devrait être celui de tout le monde, argumentent les partisans du changement.

Le concours de 2014 a suscité 208 propositions, parmi lesquelles un jury a retenu 6 finalistes, à leur tour départagés par 24 000 internautes. Signé par le Zurichois Werner Widmer et adapté en français par Odile Nerfin, le texte lauréat supprime les références religieuses et les remplace par la liberté, l’équité, la solidarité et la diversité. Ce sont des valeurs auxquelles tout le monde peut se référer, souligne-t-on à la SSUP, et qui sont énumérées dans le préambule de la Constitution fédérale (lequel n’en a pas moins conservé l’invocation divine, ndlr). Et si Dieu disparaît, la «croix blanche sur fond rouge» fait son apparition.

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La SSUP tente de convaincre les communes

La nouvelle strophe risque-t-elle d’être imposée aux Suisses contre leur avis? La menace est à relativiser, malgré les accents dramatiques que les tenants du «touche pas à mon hymne» donnent à leur résistance. La SSUP démarche actuellement les communes pour les convaincre d’utiliser les nouvelles paroles lors du 1er Août.

Une vingtaine de communes ont joué le jeu en 2016, on pourrait arriver à cinquante cette année si tout va bien, sur les 2300 collectivités locales que compte le pays. Ce n’est que le jour «où l’on sentira le nouveau chant porté par le peuple» qu’une démarche officielle de changement sera déposée au parlement, assure la SSUP. On en est loin.