Alessia et Livia, les deux fillettes de 6 ans disparues à Saint-Sulpice (VD) le dimanche 30 janvier, ont-elles été empoisonnées par leur père? C’est l’une des questions qui se posent désormais dans cette affaire qui défraie la chronique en Suisse, en France et en Italie depuis une semaine.

Ce jeudi, la famille des fillettes et la police ont révélé que leur père, Matthias S., avait consulté sur Internet, avec son ordinateur professionnel, des pages concernant des armes à feu trois jours avant sa fuite. Le lendemain, il s’est intéressé, toujours sur Internet, à divers moyens de se suicider et aux techniques d’empoisonnement. C’est aussi ce jour-là qu’il s’est renseigné sur les horaires des ferries entre Marseille et la Corse. Cela démontre qu’il «aurait minutieusement planifié son voyage» selon la police vaudoise. «Toutefois, aucune trace ne permet de dire qu’il avait une arme avec lui», souligne Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police.

L’enquête se concentre maintenant sur la Corse. De plus en plus d’éléments indiquent que les fillettes y ont bel et bien séjourné. Rien ne confirme pour l’instant qu’elles aient ensuite rejoint l’Italie. Leur père s’y est suicidé en se jetant sous un train le jeudi 3 février. La police vaudoise a dès lors arrêté jeudi de ratisser la région de Saint-Sulpice. Jeudi aussi, la police italienne a tenté en vain de retrouver un dictaphone que Matthias S. avait toujours sur lui.

Face à la pression médiatique, la mère des fillettes, Irina L., a de son côté décidé de quitter pour un temps Saint-Sulpice. Mercredi, elle y participait en direct à l’émission italienne Chi l’ha visto, copie de l’émission Perdu de vue.

Comment un père qui n’avait jamais été violent peut-il enlever ses enfants et se suicider? Entre 2000 et 2004, 30 enfants (17 garçons et 13 filles) sont morts des mains de leur mère en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique. Durant la même période, 11 garçons et 16 filles (27 enfants) ont été tués par leur père.

Pour tenter de voir plus clair dans cette disparition, Le Temps a interrogé quatre spécialistes: le psychiatre lausannois Gérard Salem, médecin directeur de la Consultation interdisciplinaire de maltraitance intrafamiliale (CIMI); Philippe Lavanchy, chef du Service vaudois de protection de la jeunesse; Nicolas Arnaud, président du Mouvement de la condition paternelle Vaud; et Werner Huwiler, responsable du Bureau des hommes, un centre de consultation privé de Zurich.

L’avis de disparition des fillettes est disponible sur le site de la police vaudoise: www.police.vd.ch